Les Républicains ont 80% de chance de conserver le Sénat

A moins d’une “vague bleue” de grande ampleur, scénario possible mais aujourd’hui assez peu probable, les Républicains devraient conserver le contrôle du Sénat.

Si l’on regarde l’actuel rapport des forces à la Chambre haute, les Démocrates devraient pourtant avoir des espoirs légitimes. En tenant compte des deux sénateurs indépendants qui leur sont rattachés, il ont en effet aujourd’hui 49 sièges contre 51 sièges aux Républicains. Sur le papier, il leur suffirait donc d’emporter seulement deux sièges…

Les spécificités du Sénat et l’arithmétique politique de ces midterms 2018 expliquent pourtant pourquoi le parti de Donald Trump est aujourd’hui en position favorable.

Il faut d’abord rappeler ici que chaque Etat envoie 2 sénateurs à Washington, quelle que soit sa population (situation contraire à la Chambre des Représentants). Or, cette particularité a un impact direct sur la composition politique de la chambre haute. Même si un mouvement puissant d’opposition à l’actuelle Administration s’amplifiait (ce qui reste à démontrer) dans les Etats les plus peuplés et traditionnellement “liberal” comme la Californie, le New York, le New Jersey, voire la Pennsylvanie, ces Etats n’enverraient pas plus de Sénateurs que le Wyoming, le Nebraska ou le Mississippi, petits Etats traditionnellement conservateurs.

En d’autres termes, la Californie, 60 fois plus peuplée que le Wyoming, envoie autant de sénateurs que l’Etat des Rocheuses : 2 ! Même si des millions de Californiens votaient pour un candidat démocrate, cela n’aurait ainsi pas plus de poids sur la répartition des sièges au Sénat que le vote des quelques dizaines de milliers de Wyomingites.

Mais le vrai facteur pénalisant pour les Démocrates vient de la couleur politique des sièges à renouveler en 2018. Sur les 35 sièges en jeu (le Sénat américain se renouvelle par tiers tous les deux ans), les Républicains en occupent actuellement 9, alors que leurs adversaires en occupent 26.

Map Sénat

(The Guardian)

Une façon de dire que pour gagner +2 sièges, les Démocrates doivent non seulement conserver tous les sièges qu’ils occupent actuellement, mais ils doivent au moins remporter en plus deux sièges dans les Red States. Or, parmi les 9 sièges sortants aujourd’hui occupés par des Républicains, certains sont quasiment sûrs de le rester : Wyoming (1 siège), Mississippi (2 sièges), Nebraska (1 siège), Utah (1 siège). Marsha Blackburn au Tennessee est également favorite face au Démocrate Phil Bredesen, malgré le soutien officiel que ce dernier a reçu de la chanteuse très populaire chez les jeunes, Taylor Swift.  Ted Cruz au Texas est aussi donné gagnant face à Beto O’Rourke, le “New Kid on the Block” du parti Démocrate que j’évoquais dans mon post d’hier, L’homme qui valait 38 millions de dollars.

Restent l’Arizona, l’Etat du sénateur John McCain, disparu en août dernier, farouche critique de Trump, et le Nevada. Dans ces deux Etats, les Démocrates ont une vraie chance, du fait, entre autres, des minorités hispaniques, mais les sondages prédisent des scrutins serrés.

Mais ces deux victoires pourraient ne pas suffire. Car il leur faudrait en parallèle conserver leurs 26 sièges sortants ! Or, certains sièges sont clairement “à risque” pour eux et l’on pourrait au contraire voir des candidats Républicains l’emporter. Je pense notamment au Montana (1 siège), au Dakota du Nord (1 siège), à la Floride (1 siège), à la Virginie-Occidentale (1 siège), au Missouri (1 siège), voire à l’un des deux sièges du Minnesota, qui pourraient basculer “Red”.

Sans un vrai mouvement de fond en faveur de l’opposition, il n’est donc pas exclu d’envisager un renforcement du parti de Trump au Sénat, malgré l’impopularité du président.

Chance Senat

(Fivethirtyeight.com)

Cette réalité locale explique pourquoi aujourd’hui, selon l’analyste et statisticien politique le plus précis, Nate Silver (et son site Fivethirtyeight.com), les Républicains ont 80% de conserver le contrôle de la Chambre haute.

AKM, 17 octobre 2018

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