“Pocahontas” fait un test ADN

Elizabeth Warren, née Herring, est l’une des personnalités politiques américaines les plus connues au niveau national. Cette ancienne professeure de droit, notamment à Harvard, est apparue sur la scène médiatique à la fin des années 2000, lorsqu’elle est nommée présidente du conseil en charge de la surveillance de la mise en oeuvre du plan Paulson après le krach de Lehman (2008-2009).

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(Boston Globe)

Cette juriste reconnue, âgée aujourd’hui de 69 ans, apparaît alors très critique à l’égard de la finance internationale et entre à la Maison Blanche, tout en conseillant le Secrétaire au Trésor de l’époque.  Surnommée la “shériff de Wall Street”, elle construit sa réputation de femme de gauche, intransigeante et entière, défenseure des consommateurs et de la classe moyenne. Charismatique, enflammée, elle sait trouver les phrases choc qui attirent tant les médias. Elle se rend notamment célèbre en 2010 dans un discours où elle fustige ceux qui se sont enrichis en oubliant ce qu’ils devaient aux Etats-Unis et au service public.

Elle s’engage en politique en 2012 en se présentant aux élections sénatoriales dans son Etat, le Massachusetts. Elle l’emporte facilement et devient alors l’une des figures les plus en vue au sein du parti Démocrate. Celle que l’on qualifie de “pasionaria” se montre particulièrement virulente contre Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 et ne cesse depuis de l’attaquer. Très vite, après l’échec d’Hillary Clinton, certains voient en elle le recours chez les Démocrates pour 2020. De fait, elle est bien considérée comme l’une des candidates naturelles pour affronter Trump dans deux ans, malgré son âge et surtout, malgré son positionnement très à gauche, proche de celui de Bernie Sanders.

Le président des Etats-Unis a senti depuis longtemps que Warren était une adversaire coriace, voire dangereuse. Il a donc adopté avec elle la même tactique que celle utilisée contre ses compétiteurs comme Rubio ou Cruz pendant la primaire chez les Républicains : la moquerie. En l’occurrence, sur un sujet particulier. Warren ayant revendiqué des origines Cherokee, Trump n’a cessé de l’affubler avec mépris du nom de “Pocahontas”, y compris devant des vétérans d’origine amérindienne.

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Plus récemment, lors d’un meeting, Trump a provoqué Warren en niant à nouveau ses origines et en déclarant qu’il serait prêt à verser un million de dollars à une association caritative si elle pouvait prouver qu’elle a bien du sang amérindien.

Prenant le milliardaire au mot, Warren a donc procédé à un test ADN et vient de diffuser, en pleine campagne des midterms, une vidéo dans lequel un spécialiste confirme avoir fait le test sur la Sénatrice et conclut qu’elle a bien du sang “native”.

Sans dissimuler sa satisfaction, Warren s’est empressée d’écrire un post sur Twitter, précisant à Trump l’association à laquelle il pourrait virer la somme promise…

Sauf que ce qui devait constituer un “triomphe” pour la Démocrate est en train de se retourner contre elle et son propre camp. D’abord en raison du timing. Cette personnalisation de la lutte contre Trump déplaît à beaucoup de candidats Démocrates au Sénat ou à la Chambre des Représentants qui regrettent que Warren fasse la Une des journaux sur un sujet mineur en pleine campagne.

D’autres soulignent que la démarche de la Sénatrice du Massachusetts s’inscrit dans une perspective présidentielle pour… 2020, c’est-à-dire pour une élection encore très lointaine.

Enfin, la vidéo elle-même n’est pas à l’avantage de Warren. D’abord parce qu’elle présente un côté très “publipromotionnelle”, voir complaisant. Ensuite parce qu’elle tend à enfermer Warren dans le rôle de la “bonne élève” qui souhaitait absolument montrer qu’elle avait raison, sans se rendre compte du piège tendu par Trump. Cyniquement, ce dernier s’est d’ailleurs empressé de railler la véracité du test ADN effectué, tout en niant avoir fait une quelconque promesse.

Pis, même les représentants de la tribu Cherokee ont manifesté leur mécontentement en soulignant que cette démarche tendait à “raciser” le sujet alors qu’eux-mêmes ne sont jamais définis par la race mais par leur citoyenneté au sein d’une “nation souveraine” et par leur “appartenance à une tribu”.

Pensant ridiculiser Trump, Warren s’est en fait elle-même décrédibilisée, a fragilisé les positions défendues par les Amérindiens et a même occulté pendant quelques jours les efforts des Démocrates pour reprendre le Congrès, le tout à moins de trois semaines des Midterms.

L’occupant de la Maison Blanche n’en demandait pas tant.

AKM, 19 octobre 2018

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