Trump à nouveau en campagne

Jeudi soir, Trump tenait un meeting au Montana, ce magnifique Etat au nord des Montagnes Rocheuses, plus grand que l’Allemagne, moins peuplé que l’agglomération lilloise. L’objectif pour lui de ce meeting : apporter son soutien au républicain, Matt Rosendale, qui tente de remporter le siège de Sénateur face à Jon Tester, l’actuel occupant et candidat à sa propre réelection.
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Le discours que le président a tenu est particulièrement intéressant car il ressemble beaucoup à ceux qu’ils tenaient pendant la campagne 2016. Sur la forme et sur le fond. Un mélange de propos bizarres et d’affirmations mensongères. Mais aussi quelques formules et arguments qu’il entend marteler à chacun de ses prochains meetings, jusqu’au jour des élections, le 6 novembre.
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Je reprends ici quelques extraits (dans le texte), que je traduis et commente. Parfois drôle, parfois incompréhensible, parfois effrayant, (presque) toujours à dessein.
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1. Les bizarreries et les provocations
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“I love these hangars. I love a hangar. There’s nothing like a hangar. You get out of the plane, you walk over, and we have massive crowds.”
(J’adore ces hangars. J’adore un hangar. Il n’y a rien de comparable à un hangar. Vous descendez de l’avion, vous marchez un peu et vous avez une foule immense).
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Le meeting se tenait dans un hangar…
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“I love those states. You know, the polls close. Polls have just closed in the state of Montana. Trump has won Montana”
(J’adore ces Etats. Vous savez, les bureaux de votes sont fermés. Les bureaux viennent juste de fermer dans l’Etat du Montana. Trump a remporté le Montana)
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On rappellera que l’élection présidentielle s’est terminée il y plus 700 jours.
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“We like the — we like the — it’s just a flowing. They do comma. They don’t do — they do a comma”.
(Nous aimons le… Nous aimons le… C’est juste un écoulement. Ils font une virgule. Ils ne font pas. Ils font une virgule)
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“I wouldn’t want to be the one that walks into your house and says, ‘Give me that gun.’ Right? Nobody has the courage to do that. But Matt is going to protect your Second Amendment.”
(Je n’aimerais pas être celui qui va venir chez vous et dire : “donnez-moi votre arme”. Pas vrai ? Personne n’aurait le courage de faire cela. Mais Matt – Rodensale, le candidat républicain soutenu par Trump – va protéger le Second Amendement)
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Ici, Trump est en plein mensonge. Aucun leader démocrate ne remet en cause le Second Amendement sur la liberté de porter une arme. Obama, comme Clinton, comme d’autres, ont appelé à renforcer le contrôle de l’idendité des acheteurs d’armes et à interdire les armes automatiques. Il n’a jamais été question de venir chez les propriétaires et de procéder à une collecte de leurs armes. L’affirmation vise évidemment à mobiliser les électeurs républicains.
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“If I ever called the Russians, the first one to know about it would be the state of Montana, and they wouldn’t be too happy. Can you imagine? Let’s call the Russians? It’s a disgrace.”
(Si j’avais vraiment appelé les Russe, le premier qui l’aurait su, cela aurait été l’Etat du Montana, et ils n’auraient pas été très contents. Vous pouvez l’imaginer ? Appelons les Russes ? Quelle insulte !”)
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Trump revient sur l’allégation de collusion avec les Russes. Sauf qu’il ne lui a jamais été reproché de les avoir “appelés”. L’enquête menée par le procureur Mueller porte sur le fait que les Russes, préférant Trump à Hillary Clinton, auraient cherché à influencer la campagne de 2016, notamment en diffusant de fausses informations, le tout avec l’assentiment de l’équipe du candidat républicain. Ces faits semblent aujourd’hui avérés.
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“And look at all the women for Trump signs. Here we go again. It’s the same thing. Everyone says, but will he get the women? (…) they keep saying, will he do well with women? Remember last time? They said the same thing. We did — we did very well with women. I think I probably won because of women, I hate to tell you, men.”
(Et regardez toutes ces femmes avec des affiches Trump. Nous revoilà dans la même situation. Tout le monde se demande : est-ce qu’il aura les femmes avec lui ? (…) ils le répètent encore, est-ce qu’il aura le vote des femmes ? Rappelez-vous la dernière fois. Ils disaient la même chose. Et nous avons fait un très bon score dans l’électorat féminin. Je pense que j’ai gagné grâce aux femmes. Je déteste vous le dire à vous, les hommes)
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41% des femmes ont voté pour Donald Trump. Et selon les sondages de popularité, seules 28% soutiennent actuellement son action. L’électorat de Trump est à dominante masculine.
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“It’s hard for a Republican to win in California, because it’s become, like, crazy. But all of a sudden are Republicans making big progress. It’s going to be very interesting to see what happens in that race.”
(C’est difficile pour un Républicain de gagner la Californie, parce que cet Etat est devenu un peu dingue. Mais désormais les Républicains progressent fortement. Cela va être intéressant de voir comment cette compétition va se dérouler)
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Trump fait ici référence à l’élection du gouverneur de Californie qui oppose le 6 novembre le Démocrate Gavin Newsom au Républicain John Cox. Selon le quotidien Los Angeles Times, Newsom aurait une avance de plus de 20 points…
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“A little bit like Justice Kavanaugh, you know, really a very fine, high-quality, handsome guy.”
(Il est un peu comme le Juge Kavanaugh, vous savez, vraiment quelqu’un de bien, de grande qualité, beau garçon)
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Kavanaugh a été “l’une des stars” de la soirée, si l’on en croit les multiples références de Trump. J’y reviens plus loin. Je cite ici le propos car, comme le fait remarquer le chroniqueur de CNN Chris Cillizza, quand il parle des gens (“great guy”, “handsome”, “good-looking”, “terrible guy”, etc.) Trump donne parfois l’impression qu’il est toujours en train de faire le casting pour son jeu de télé-réalité, The Apprentice.
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“He’s — he runs eight times. ‘Sir, I won five elections.’ I said, well, you got me there. I ran once, and I won one election, but it’s the presidency, right? That’s right.”
(Il a été candidat 8 fois et il me dit : Monsieur, j’ai gagné 5 fois. Je lui ai dit, OK, vous faites mieux que moi. Moi, je n’ai été candidat qu’une fois et je n’ai gagné qu’une fois, mais c’était à la présidentielle, n’est-ce pas ? Oui, c’est bien cela).
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De l’art de fanfaronner. Les adversaires exècrent. Les supporters adorent.
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“But Greg is smart. And by the way, never wrestle him. You understand that? Never. Any guy that can do a body slam, he’s my kind of … he was my guy.
“Remember, [Joe Biden] challenged me to a fight, and that was fine. And when I said he wouldn’t last long, he’d be down faster than Greg would take him down.
(Mais Greg est intelligent. Et d’ailleurs, ne vous battez jamais avec lui. Vous m’entendez ? Jamais. N’importe quel type capable de faire un mouvement de catch, et bien, c’est quelqu’un qui me va bien)
(Rappelez-vous, Joe Biden m’a lancé un défi, il veut se battre avec moi et cela me va. Et quand j’ai dit que cela ne durerait pas longtemps, il serait au sol encore plus vite que si c’était Greg qui l’avait mis au sol).  
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Trump dans le texte. Il fait référence ici à Greg Gianforte, un élu républicain sanguin du Montana qui a agressé un journaliste du Guardian, Ben Jacobs, en mai dernier. Le président aime valoriser la force physique, lui le fan de catch. Il fanfaronne à nouveau au passage, en rappelant que l’ancien vice-président Joe Biden l’a invité à venir se battre et que lui, Trump, le mettrait au sol encore plus vite que si cela avait été Greg Gianforte.
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Cour d’école…
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2. Les arguments de campagne
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Le discours du Montana a surtout permis à Trump de tester ses principaux arguments de campagne.
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2.1 L’économie se porte au mieux
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D’abord en revendiquant la bonne forme économique actuelle des Etats-Unis :
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“The unemployment rate just fell to the lowest level in over 50 years.”
“More Americans are now working than ever before.”
“Because I have created such an incredible economy, I have created so many jobs. I have made this country with you so great that everybody wants to come in.”
(Le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau de puis 50 ans)
(Il y aujourd’hui plus d’Américains qui travaillent que dans toute l’histoire)
(Parce que j’ai créé une économie incroyable. J’ai créé tellement de jobs. J’ai rendu ce pays avec vous tellement extraordinaire que tout le monde veut y venir).
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Oui, le taux de chômage aux Etats-Unis est effectivement à un plus bas historique. Et oui, la population active américaine n’a jamais été aussi nombreuse. Argument rabâché par Trump et pourtant très contestable.
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Si le taux de chômage baisse aux Etats-Unis, il ne le doit que très marginalement à l’actuel occupant de la Maison Blanche.
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Arrivé à Washington en janvier 2009, l’ancien président Obama doit faire face dans les premiers mois de son mandat à une explosion du chômage liée à la faillite de Lehman et à l’effondrement de l’activité économique qui s’en est suivie. En octobre 2009, le taux de chômage américain atteint 10%. Commence alors le long reflux. Mois après mois, le nombre d’emplois créés en net est positif. Lorsqu’il quitte la Maison Blanche en janvier 2017, Obama laisse à son successeur une économie toujours en croissance (un des plus longs cycles d’expansion de l’histoire) et un taux de chômage ramené à 4,7%. Trump niait alors la réalité de ce chiffre, affirmant que le “vrai” taux était plutôt de l’ordre de 40% !
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Le fait est que Trump a largement profité de la dynamique enclenchée par son prédécesseur, surtout que les premières mesures économiques prises par le nouveau président ne seront entérinées que fin 2017, notamment le Tax Cuts and Jobs Act (Novembre 2017). A cette date, le taux de chômage n’était déjà plus que de 4,1%.
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Alors, certes, il est encore descendu depuis mais entendre Trump s’attribuer la paternité de la créations d’emplois a quelque chose d’indécent.
Chômage
Le discours du Montana montre au passage que Trump est toujours aussi “autocentré”, ce qui ravit ses supporters. “J’ai créé”, “j’ai fait”, “je”, “je”, “je”…
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L’actuel président n’évoque en revanche jamais la pauvreté, les inégalités, les Américains qui ont renoncé à chercher un emploi, l’accès à la santé, l’endettement étudiant, etc. Autant de sujets majeurs qui caractérisent aussi l’économie américaine.
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2.2 La nomination du Juge Kavanaugh montre qu’il faut soutenir le président 
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“And come Election Day, Americans will remember Kavanaugh and they will remember all sorts of other things, because that was a shameful act.
“This will be an election of Kavanaugh, the caravan, law and order, and common sense.”
“Justice Kavanaugh number one in his class at Yale”
(Et le jour de l’élection, les Américains se souviendront de Kavanaugh et ils se rappelleront de toutes sortes de choses, parce que ce fut une situation honteuse)
(Cette élection tournera autour de Kavanaugh, de la caravane, de loi et de l’ordre, et du bon sens)
(Le Juge Kavanaugh, premier de sa classe à Yale).
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Trump a bien compris que la nomination du Juge Kavanaugh à la Cour Suprême était une opportunité unique pour remobiliser son électorat à quelques jours du vote. Beaucoup d’électeurs républicains se disent profondément choqués par la violence dont le Juge a fait l’objet dans les médias au moment de sa nomination. Pour rappel, une campagne anti-Kavanaugh s’est lancée partout dans le pays après les révélations d’une ancienne camarade, le docteur Blasey Ford. Celle-ci a affirmé sous serment avoir été agressée sexuellement par le Juge alors qu’ils n’étaient encore que lycéens. Kavanaugh nie fermement avoir été l’auteur de cette agression.
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Cette histoire a totalement polarisé l’Amérique, surtout au moment de l’audition des deux protagonistes par le Congrès. Parole contre parole. Kavanaugh a bien fini par être nommé à la Cour Suprême avec le soutien de Trump mais les traces de l’affaire resteront. Près de 80% des électeurs Républicains pensent que Kavanaugh dit la vérité. Près de 80% des électeurs Démocrates pensent que Ford dit la vérité.
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Trump utilise cette nomination comme une preuve de sa résolution mais aussi pour encourager ses électeurs à aller voter.
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Pour l’anecdote, il n’y a pas de classement à Yale…
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2.3 L’immigration nous menace
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“But a lot of money has been passing to people to come up and try and get to the border by Election Day, because they think that’s a negative for us. Number one, they’re being stopped. And number two, regardless, that’s our issue.”
“(…) but they wanted that caravan and there are those that say that caravan didn’t just happen (…) A lot of reasons that caravan, 4,000 people.”
“You have some hardened, bad people coming in.”
“Democrats have become the party of crime. It’s true.”
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(Beaucoup d’argent a été donné à ces gens pour qu’ils viennent chez nous et passent la frontière avant le jour de l’élection parce qu’ils pensent que ce sera négatif pour nous. Premièrement, ils sont en train d’être arrétés. Et deuxièmement, quoi qu’il en soit, c’est notre problème)
(Mais ils ont voulu cette caravane, et il y a ceux qui disent que cette caravane n’est pas une réalité. Il y a beaucoup d’explications à cette caravane, 4.000 personnes)
(Vous avez des gens violents, mauvais qui vont venir)
(Les Démocrates sont devenus le parti du crime. C’est vrai).
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Trump saisit là encore l’actualité pour revenir sur l’un de ses thèmes de prédilection. L’immigration.  Les images de télévision ont montré un groupe de plusieurs milliers de migrands d’Amérique Centrale, annonçant vouloir traverser la frontière entre le Guatemala et le Mexique, pour chercher à remonter au nord et rentrer aux Etats-Unis.
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Le président insinue dans son discours que ce groupe, qualifiée de “caravane”, serait soutenu et financé par ses opposants pour venir aux Etats-Unis et influencer le vote. Tactique facile pour mobiliser son électorat, surtout que l’on voit mal comment des migrants pourraient accéder à un bureau de vote et influencer le scrutin…
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Le langage rappelle celui de son début de campagne présidentielle et notamment les propos tenus sur les Mexicains : “Ils amènent de la drogue. Ils amènent le crime. Ce sont des violeurs” (2015).
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2.4 “Le système” est vicié
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“Do you ever see when the fake news interviews them? (…) they’ll go to a person holding a sign who gets paid by Soros or somebody, right? That’s what happens.”
“Hey, look, there’s a lot of rigged things going on in this country, you know about that. There are a lot of rigged things going on.”
“That’s all the time we need to make America great again. Make America great again. Is that — is that maybe the greatest slogan in the history of runs?”
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(Vous voyez comment les fakes news les interviewent? (…) ils vont chercher ceux qui sont financés par Soros, n’est-ce pas ? C’est cela qui se passe)
(Non, mais regardez, il y a vraiment des choses pourries dans ce pays, vous en savez quelque chose. Ils y a vraiment des choses pourries qui se produisent)
(C’est tout le temps dont nous avons besoin pour rendre la grandeur à l’Amérique. Rendre sa grandeur à l’Amérique. Ne serait-ce pas le plus grand, le meilleur des slogans de l’histoire des campagnes électorales?)
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Toujours cette dénonciation des fake news, des complots (ici financés par Soros), du système politique pourri, du besoin de restaurer la grandeur d’une Amérique affaiblie et moquée. Reprendre les bonnes vieilles formules.
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2.5 Hillary Clinton n’est toujours pas en prison
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“It is incredible the deep state where they don’t even look at her
“But I like acid-washing, because that really says it. She acid-washes 33,000, so that nobody can ever find — but they’re around some place. I think that maybe — maybe they’re at the State Department (…). They could very well be at the Department of Justice (…) But we’re just being quiet. We’re being quiet.”
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(C’est incroyable à quel point ils ne la poursuivent pas)
(J’aime le nettoyage à l’acide, parce que c’est bien cela. Elle a nettoyé à l’acide 33.000 [mails], comme cela, personne ne peut les retrouver. Mais ils sont bien quelque part. Je pense que peut-être, ils sont au Département d’Etat (…) Ils pourraient aussi très bien se trouver au Ministère de la Justice (…) mais nous restons là, à ne rien faire. Nous restons à ne rien faire)
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Trump réutilise la haine de son électorat contre Hillary Clinton et revient encore une fois sur les mails qu’elle a supprimés de son serveur privé. Cette histoire de mails qui a probablement coûté l’élection à la candidate Démocrate en novembre 2016. Le président en profite au passage pour tancer à nouveau son Ministre de la Justice, Jeff Sessions, qu’il attaque régulièrement sur Twitter ou dans les médias. Un Ministre qu’il trouve trop mou, notamment sur l’histoire des mails de Clinton.
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On admirera au passage le non-respect de la séparation des pouvoirs…
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2.6. Le slogan choc
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Trump a trouvé son slogan qu’il devrait répéter en boucles : Democrats produce mobs. Republicans produce jobs.”
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Autrement dit, les Démocrates produisent des mouvements de foule (avec une connotation très négative, mob voulant aussi dire “pègre”). Les Républicains produisent des jobs.
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Au secours, Périclès, Platon, Aristote, revenez…
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AKM, le 21 octobre 2018

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