Cash is king

J-11.

C’est un fait maintes fois démontré. Même si l’argent n’explique pas à lui tout seul le résultat d’une élection aux Etats-Unis, il a généralement un impact décisif. Or, à la lumière de la comparaison des fonds levés par les candidats des deux grands partis pour les Midterms du 6 novembre prochain, les Démocrates sont en situation favorable.

Il est encore trop tôt pour mesurer les effets sur le scrutin qu’auront d’une part, l’émotion légitime qui a gagné de nombreux Américains à la suite de l’envoi de bombes artisanales à plusieurs personnalités politiques et médiatiques ciblées par Trump ; d’autre part, les images diffusées en boucles de la « caravane » de migrants honduriens qui ont annoncé vouloir franchir la frontière mexicaine pour protester contre les violences dans leur pays.

Il est en revanche certain que si les Démocrates reprennent l’une des deux chambres du Congrès (vraisemblablement, celle des Représentants), ils le devront en grande partie à la mobilisation et à la générosité de leurs donateurs. Signes d’un pays que l’on découvre chaque jour un peu plus divisé, les fonds collectés se situent à un niveau record. J’ai déjà évoqué dans un précédent post le caractère historique des 38 millions de dollars levés entre juillet et octobre par Beto O’Rourke, le candidat démocrate texan opposé à l’ultraconservateur Ted Cruz. Mais en réalité, le même constat peut être établi à travers tout le pays.

Exemple : sur les 31 sièges de la Chambre des Représentants considérés comme les plus serrés (dont 29 sont aujourd’hui occupés par des Républicains), les candidats Démocrates ont levé en moyenne 30% de plus de fonds que leurs adversaires. Sur ces 31 sièges a priori incertains, les 5 districts où l’écart est le plus important sont tous à l’avantage des candidats Démocrates : Katie Hill dans le 25th district de Californie (+1,9 m$), Dan McCready dans le 9th district de Caroline du Nord (+1,2 m$), Dan Feedan dans le 1st district du Minnesota (+1,2m$), Paul Davis dans le 2nd district du Kansas (+1,1 m$) et Harley Rouda dans le 48th district de Californie (+1,0 m$).

Au niveau national, si l’on compare les fonds levés par les candidats pour les deux chambres, le comptage confirme que jamais un tel écart entre les deux partis n’avait été constaté. Les Démocrates auraient collecté 65% des fonds contre 35% pour le GOP, contre 50/50 il y a deux ans. Même lors des élections législatives de 2008, tenues en même temps que la présidentielle gagnée par Obama, le parti de Roosevelt et de Clinton n’avait levé « que » 56% du total des fonds :

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(Source : FiveThirtyEight)

Les Démocrates peuvent également se réjouir car ils font mieux que les Républicains, non seulement sur le total des fonds collectés, mais aussi sur le nombre de donateurs. En réussissant à faire venir de très nombreux petits dons, ils ont créé une dynamique populaire qu’ils espèrent voir se concrétiser le jour du vote au niveau local.

Les Républicains n’ont toutefois pas encore perdu les Midterms. Selon le Président, la tendance des derniers jours au regard des votes déjà exprimés (les early votes) témoignerait au contraire d’une mobilisation de l’électorat républicain. Même si dans un énième tweet rageur, Trump s’inquiète désormais des éventuelles répercussions des bombes envoyées à ses cibles favorites (toutes Démocrates), il compte bien sur le retour le jour J dans les bureaux de vote de ceux qui l’ont soutenu en 2016.

Par ailleurs, il ne faut pas s’arrêter aux seuls fonds déclarés par les candidats. Les fonds de soutien nationaux versés par de riches donateurs, des groupes de pressions ou des entreprises, les fameux PAC (Political Action Committees) ou Super PAC, peuvent aussi être mobilisés par les Républicains pour payer des campagnes publicitaires locales, des actions sur les réseaux sociaux et des meetings électoraux dans les situations les plus critiques. Le milliardaire Sheldon Adelson, le célèbre propriétaire de casinos, vient ainsi de faire un don supplémentaire à l’un des principaux PAC républicain de 20 millions de dollars, portant à 50 millions la somme totale versée en 2018. Une somme qui sera logiquement utilisée à bon escient…

Je rappellerai enfin qu’à moins d’une « vague bleue » (pas impossible mais moins probable que d’autres scénarios), les Républicains sont en situation de force pour conserver (au moins) le Sénat. Les Démocrates doivent en effet non seulement emporter l’intégralité des sièges sortants qu’ils occupent actuellement, soit 26 sièges (ce qui est loin d’être assuré dans au moins 5 Etats), mais aussi remporter 3 des 9 sièges sortants actuellement occupés par des Républicains, dont certains dans des Etats très conservateurs.

AKM, 26 octobre 2018

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