J-2 – Nous y sommes. Déjà 30 millions d’Américains ont voté dans les Etats où les early votes sont possibles (contre 20 millions en 2014). Les électeurs semblent s’être mobilisés pour un scrutin qui laissera des traces profondes dans une Amérique divisée comme rarement et des groupes politiques en grande tension.
En 2016, sur mon précédent blog dédié à la campagne présidentielle, j’avais décrit 2 scénarios (sur 7) où Trump l’emportait, notamment en Pennsylvanie, au Wisconsin et au Michigan. Ce sont justement ces trois Etats qui ont fait basculer le collège électoral et l’ont porté à la Maison Blanche.
Les possibilités sont plus simples pour ces Midterms et, schématiquement 3 scénarios sont envisageables :
Scénario 1 : Le Sénat demeure Républicain, la Chambre des Représentants devient Démocrate
Probabilité (estimation personnelle) : 70%
Selon tous les analystes politiques et sondeurs, c’est le scénario le plus probable. Au Sénat, les Démocrates peuvent peut-être remporter 2 sièges (Arizona, Nevada), 4 au mieux (Texas, Tennessee) si les jeunes et les latinos se mobilisent. Mais, dans le même temps, ils devraient perdre le Dakota du Nord, peut-être le Missouri et l’Indiana, voire quelques autres sièges. Sauf “vague bleue”, les Républicains devraient donc conserver la chambre haute, voire même accroître leur majorité, la configuration des 35 sièges en jeu leur ayant rarement été aussi favorable.
A l’inverse, à la Chambre des Représentants, sur les 435 sièges en jeu, environ 60 sont considérés comme serrés. Or, 50 d’entre eux sont actuellement occupés par des Républicains (nombre d’entre eux ne cherchent d’ailleurs pas à se faire réélire). Les Démocrates ont en outre collecté largement plus de fonds que leurs adversaires dans ces districts. Ils sont donc en situation favorable pour prendre la majorité à la chambre basse.
On irait alors vers une chambre partagée. La situation se compliquerait indiscutablement pour Trump car la majorité Démocrate bloquerait vraisemblablement certaines décisions du Président, tout en lançant des commissions d’enquête sur ses finances personnelles ou sur d’autres affaires qui le concernent, lui et son entourage. L’atmosphère au Congrès serait tendue, mais le Président conserverait cependant une relative marge de manoeuvre en matière de fiscalité et surtout en politique internationale (sujet généralement davantage dévolu au Sénat). Trump en profiterait pour stigmatiser pendant les deux prochaines années la majorité Démocrate à la Chambre, qu’il rendrait responsable de tous les maux.
Selon les dernières prévisions, ce scénario se situerait autour de 80%-85%. Je suis pour ma part un peu plus prudent et le voit plutôt à 70% car un autre scénario pour l’instant assez peu envisagé me paraît avoir été sous-estimé, celui d’une victoire des Républicains dans les deux chambres.
Scénario 2 : Les Républicains conservent le Sénat ET la Chambre des Représentants
Probabilité (estimation personnelle) : 20%-25%
Nous étions peu nombreux à envisager la victoire de Trump en 2016. Ce n’était d’ailleurs pas mon scénario principal (2 chances sur 7 pour Trump contre 5 sur 7 pour Clinton). C’est pourtant bien celui qui s’est produit, avec un Trump emportant de justesse quelques Etats clés (l’élection de Trump s’est jouée à 88.000 voix, soit la somme des votes qui lui ont donné la majorité en Pennsylvanie, au Michigan et dans le Wisconsin).
Il est parfois difficile à comprendre vu d’Europe comment autant d’Américains ont pu voter pour le milliardaire. De fait, les mêmes raisons qui ont motivé les électeurs à choisir le candidat Républicain en 2016 malgré son inexpérience, ses frasques et ses propos clivants pourraient jouer à nouveau en 2018.
Certes, il s’agit ici d’élections locales et le rejet de Clinton dans une partie de l’électorat traditionnellement Démocrate, phénomène qui a tant pesé sur le scrutin présidentiel en novembre 2016, n’aura plus d’influence sur ces Midterms. Trump peut en revanche toujours compter sur le vote religieux conservateur ainsi que sur les Américains qui redoutent une vague migratoire (les images de la caravane des migrants tournent en boucles depuis des semaines sur les écrans américains et ont été largement instrumentalisées par les Républicains).
La réserve de voix pour les Républicains vient surtout de ces nombreux citoyens indécis, qui désapprouvent le style de Trump mais qui voient que le taux de chômage est à un niveau historiquement bas et la croissance à un niveau élevé. Par défaut, ils pourraient alors préférer ce qu’ils connaissent plutôt que favoriser l’émergence de certains élus Démocrates, donc beaucoup se positionnent très à gauche et font peur aux électeurs modérés.
L’opposition souhaitait que la campagne porte sur la santé et sur les inégalités. Raté ! Le Président voulait parler d’immigration et de taux de chômage. Il a réussi. Le sursaut républicain, scénario finalement assez peu envisagé, me paraît donc possible, surtout si les électorats favorables aux Démocrates ne se déplacent pas en masse. Ceci n’exclut pas la possibilité de victoires locales qui feraient la Une (la victoire d’O’Rourke au Texas, l’élection de la nouvelle égérie de la gauche radicale Alexandria Ocasio-Ortez à New York, ou encore la victoire de Gillum ou d’Abrams aux postes de gouverneurs de Floride et Géorgie).
Si les Républicains conservent la majorité aux deux Chambres, Trump y verra une victoire personnelle (à raison), légitimant sa présidence, son style et sa façon de faire campagne. Il aura les mains libres pour les deux prochaines années et préparera sa réélection de façon plus confortable.
Au niveau international, les leaders politiques qui utilisent les mêmes thèmes et le même style se sentiront pousser des ailes…
Scénario 3 : Les Démocrates prennent le contrôle des deux Chambres
Probabilité (estimation personnelle) : 5%-10%
C’est le scénario de la “vague bleue”, selon moi le plus improbable. Lassés d’un président mégalo, narcissique et clivant, inquiets pour leur santé, les Américains décideraient de sanctionner massivement l’Administration Trump.
Dans ce scénario, comme prévu, les Démocrates emporteraient la Chambre des Représentants mais surtout gagneraient au Sénat l’Arizona, le Nevada et le Texas (ou le Tennessee), en ne perdant que le Dakota du Nord, et conservant leurs 25 autres sièges sortants. Ils obtiendraient alors les 51 sièges requis.
Le Congrès deviendrait à majorité Démocrate. Trump perdrait sa totale liberté d’action et pourrait s’attendre à deux années très difficiles, tant au niveau politique que sur le plan personnel. Ce n’est pas tant la procédure d’impeachment qui l’inquiétera car la destitution d’un Président requiert 2/3 des votes au Sénat. Il ne serait pas non plus forcément fragilisé pour sa réélection de 2020. On l’a vu avec Clinton et Obama qui perdirent la majorité au Congrès deux après leur première élection et qui furent pourtant réélus. Je pense ici au risque pour Trump de devoir affronter les commissions d’enquête parlementaires que j’évoquais plus haut.
Un tel scénario paraît toutefois moins plausible que les deux autres, mais pas impossible. L’élément décisif sera la participation, notamment dans les Etats clés pour le Sénat, comme je l’expliquais dans mon post de vendredi : Les 11 Etats qu’il faudra suivre mardi soir.
Je le redis à nouveau, rien n’est joué, surtout que la participation s’annonce plus élevée qu’aux précédentes élections Midterms…
AKM, 4 novembre 2018
