Ce qu’il faut retenir des Midterms (en synthèse)

On se moque souvent de ces soirées électorales où chaque camp clame sa victoire. Les Midterms 2018 resteront pourtant une élection où les deux camps peuvent légitiment se dire vainqueur. Dans le détail, il y a toutefois quand même quelques perdants.

 

LES GAGNANTS

Trump, vainqueur sur sa personne au Sénat

Trump d’abord. Oui, c’est lui qui a fait progresser les Républicains au Sénat. En reprenant aux Démocrates les sièges au North Dakota (attendu) mais surtout en Indiana, en Floride, au Missouri, peut-être au Montana (seulement 8.000 voix d’écart pour le moment). En conservant le Tennessee et surtout le Texas, peut-être l’Arizona. Non seulement, les Démocrates n’ont pas repris le Sénat (scénario que j’avais estimé quasi-impossible), mais en plus les Républicains progressent et devraient passer de 51 à 53-55 sièges !

Alors bien sûr, on pourra objecter qu’il est facile à un Républicain de gagner dans tous ces “Trump countries” du Midwest (Indiana, Missouri, North Dakota) ou du Sud (Tennesse, Texas). Mais les faits sont là. Partout où Trump a fait activement campagne au cours des dernières semaines, les candidats  du GOP ont gagné alors qu’ils étaient donnés perdants ou en risque. Lorsqu’il tweete ce matin “tremendous success” ou qu’il cite un commentateur parlant de lui comme d’un “magic man”, il ne s’agit pas que d’une fanfaronnade. Il a des raisons légitimes.

Le voilà vraiment aux commandes du parti Républicain, car plus personne n’osera le critiquer. Celui qui avait gagné la primaire de son parti “par la bande” contrôle désormais le jeu dans son camp. Et même si les Démocrates risquent effectivement de lui “pourrir” la vie pendant deux ans, Trump a trouvé l’adversaire dont il avait besoin pour cogner comme il aime le faire. Faisons le pari : dans les Tweets de Trump, tout ce qui ira mal dans les deux prochaines années sera de la faute des Démocrates.

Pour l’anecdote, Trump a en plus une satisfaction personnelle. Scott (R) a remporté le siège au Sénat de Floride et Desantis (R) va devenir gouverneur de l’Etat. “Son” Etat” (avec New York). C’est là qu’il habite une partie de l’année, dans sa propriété de Mar-y-Lago.

 

Les Démocrates vainqueurs aussi…

Les Démocrates sont les autres grands gagnants de la soirée. Ils reprennent le contrôle de la Chambre. C’était attendu. Ils l’ont fait. Et avec la manière. Ils devraient passer de 195 sièges à 230, voir s’approcher des 240. Ils sont nettement au-dessus de la majorité à 218.

Cette majorité à la Chambre des Représentants va par exemple leur permettre :

  • de prendre la tête de plusieurs commissions clés (finance, justice mais surtout le Committee on Ways & Means, la commission en charge des sujets fiscaux).
  • d’assigner (subpoena) le Président et son entourage
  • de lancer des commissions d’enquête
  • de réclamer les déclarations fiscales de Trump (qu’il s’est toujours refusé à donner)
  • de bloquer les décisions du président ou les projets du Sénat
  • de forcer Trump et les Républicains à faire des compromis.

Les Démocrates ont de nombreuses raisons de se réjouir. Certes, ils ont reculé au Sénat avec une configuration qui leur était historiquement défavorable. Mais ils ont regagné des voix dans les Etats “cols bleus” qui avaient voté pour Trump en 2016 : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, West Virginia.  Bon présage pour 2020.

D’autre part, ils ont sélectionné des candidats de qualité pour regagner la chambre, avec des profils qui reflètent mieux l’électorat : de nombreuses femmes, des vétérans, des jeunes, des représentants de minorité, etc. A noter que pour la première fois dans l’histoire, plus de 100 femmes siègeront à la Chambre.

Autre motif de satisfaction : même si la révélation de la campagne Beto O’Rourke perd au Texas (48% quand même dans un Etat profondément Républicain), d’autres figures traditionnelles du parti l’emportent nettement, comme Amy Klobuchar (Minnesota), Kirsten Gillibrand (New York) ou Sherrod Brown (Ohio). De potentiels candidats pour 2020…

Signe prometteur enfin pour les Démocrates : ils regagnent du terrain dans les circonscriptions de trois Etats industriels qui ont décidé de la victoire de Trump en 2016 : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin. A noter également que dans ces trois Etats, ils remportent l’élection des gouverneurs.

 

LES PERDANTS

Les Républicains à la Chambre

Les Républicains qui s’étaient imposés dans les suburban areas (banlieues) reculent partout. De nombreux districts urbains, même dans des Etats profondément conservateurs, ont basculé ou sont redevenus “bleus”. Qui aurait pu imaginer voir des villes comme Dallas, Houston ou Oklahoma City élire des Représentants Démocrates ? Le vote latino, le vote jeune, le vote féminin sont favorables aux Bleus.

Par ailleurs, Trump n’a pas réussi à transformer les régions minières et industriels de l’Est en terres solidement Républicaines. Les électeurs semblent être revenus vers le vote traditionnel. Un vrai risque pour 2020.

Les Démocrates sont majoritaires aux Etats-Unis en nombre. Ces Midterms le confirment.

 

Les nouvelles figures médiatiques chez les Démocrates

Ils ont capté l’attention des médias nationaux parce qu’ils affrontaient des Républicains dans des Etats conservateurs en pensant pouvoir l’emporter. Ils ont échoué.

J’ai beaucoup évoqué le candidat au Sénat Beto O’Rourke. Avec son record de collecte de fonds (70 m$), il pouvait espérer faire basculer le Texas, ce qui aurait été exceptionnel. Raté, même si son score est remarquable avec moins de 3% d’écart par rapport à Ted Cruz, ce qui correspondait à la fourchette basse des sondages ! O’Rourke a toutefois séduit de nombreux Texans et a su créer une dynamique qui restera. Il a aussi atteint une dimension nationale impressionnante qui le positionne pour 2024, peut-être même pour 2020.

Autre déception pour les Démocrates : Andrew Gillum, 39 ans, maire de Tallahassee, qui aurait pu devenir le premier gouverneur afro-américain de Floride. Malgré son charisme, il échoue de peu face au candidat de Trump, Ron DeSantis (60.000 voix d’écart pour plus de 8 millions de votes).

En Arizona enfin, Kyrsten Sinema est en passe de perdre son pari et ne devrait pas remporter le siège de sénatrice de l’Arizona, malgré un positionnement modéré dans cet Etat plutôt conservateur et beaucoup d’espoir chez les Démocrates de s’y imposer.

 

Les Sénateur Démocrates modérés sortants

Souvent élus dans des Etats de tradition républicaine, ils avaient un positionnement modéré et espérer pouvoir l’emporter à nouveau. Ils ont perdu leur siège. Donnelly en Indiana, McCaskill dans le Missouri, Nelson en Floride, Heitkamp au North Dakota, Tester au Montana (à confirmer pour ce dernier).

Dans l’Amérique de 2018, la modération ne paye pas…

AKM, 7 novembre 2018

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