Qui affrontera Trump en 2020 ?

Un commentaire récurrent fut entendu dès le lendemain des midterms, tant aux Etats-Unis qu’en Europe : ça y est ! La campagne pour l’élection présidentielle de 2020 a commencé ! Mais avec quels candidats ?

Chez les Républicains, Trump est évidemment le candidat naturel

Du côté Républicain, la réponse est assez simple. Ce sera Donald Trump (sauf impossibilité physique ou politique). Les élections du 6 novembre ont eu une conséquence favorable pour lui. Même si les Républicains ont finalement perdu le Nevada et l’Arizona au Sénat, ils sont regagné le Dakota du Nord, le Missouri et l’Indiana (en attendant le résultat définitif en Floride). Malgré la victoire des Démocrates à la Chambre des Représentants mais aussi à nombreux postes de gouverneur, y compris dans les trois Etats qui ont fait basculer l’élection de 2016 (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin), Trump a réussi à éviter l’humiliation. Mieux, il a sans doute pris pour de bon le contrôle du parti Républicain en faisant une campagne active pour soutenir plusieurs candidats.

Les opposants au sein de sa famille politique sont réduits au silence pour deux ans. Certes, John Kasich, actuel gouverneur de l’Ohio, et candidat malheureux à la primaire du GOP en 2016 (un seul Etat gagné, le sien), dit ne pas écarter une nouvelle candidature. Mais son image de modéré n’est pas un avantage dans l’Amérique d’aujourd’hui. Celui que certains conservateurs surnomment “l’idiot utile” ou “le Républicain pour ceux qui n’aiment pas les Républicains”, n’a quasiment aucune chance, surtout face au bulldozer de la Maison Blanche, candidat naturel à un deuxième mandat.

D’autres évoquent aussi le nom de Ben Sasse, le Sénateur du Nebraska, et virulent anti-Trump depuis le début. Sasse, âgé de 46 ans, diplômé d’Harvard et de Yale, est indiscutablement un talent pour le GOP, surtout que ses positions plutôt conservatrices le rendent légitime aux yeux de nombreux soutiens de son parti. Si Trump était en difficulté d’ici l’année prochaine (improbable), sa candidature serait sans doute invoquée. Mais 2020, c’est demain. Et Sasse n’a pas intérêt à se “griller” trop vite.

Il est également possible que Jeff Flake, Sénateur sortant d’Arizona, ait envie de tenter sa chance. Mais ses critiques permanentes de Trump le disqualifient aux yeux des Républicains. Au mieux, peut-il lancer quelques sondes pour se présenter en candidat indépendant.

En somme, Trump devrait être seul en scène du côté GOP.

Chez les Démocrates, le jeu est ouvert

Du côté Démocrate, les candidats potentiels, déclarés ou non, sont nombreux. A ce stade, il est beaucoup trop tôt pour prédire celui ou celle qui gagnera les primaires. Certains, qui souhaitent mettre un terme à la présidence Trump dès 2020, s’inquiètent qu’aucun Démocrate ne soit pour le moment “sorti du lot”. Ils craignent qu’il ne soit déjà trop tard. Qu’ils se rassurent ! Les Américains peuvent s’enticher un candidat très rapidement.

Le parti Démocrate sera rapidement face à un dilemme : faut-il privilégier un candidat modéré afin de plaire à un électorat centriste et tenter de convaincre une partie de ceux qui ont voté Trump plutôt par défaut et en opposition à Hillary Clinton ? Ou au contraire, choisiront-ils un candidat très engagé, situé à gauche (sur l’échelle relative de la politique américaine), avec pour objectif de reconquérir l’électorat ouvrier dans certains Etats industriels qui ont donné la préférence à Trump, au risque d’effrayer une frange plus classique, généralement issue des classes moyennes ou même supérieures ?

Les deux types de profil ont leurs avantages et inconvénients. Mais je parierai plutôt sur un ou une candidat(e) positionné(e) à gauche. Car si les Démocrates veulent revenir à la Maison-Blanche, cela passe a priori par une victoire dans le Midwest industriel. Selon les règles électorales américaines, ce qui compte, ce n’est pas le total des voix exprimées au niveau du pays.  Ce sont les Etats clé qui font basculer un scrutin, les fameux swing States.

Revue des “effectifs”…

Les candidats progressistes (liberal au sens américain)

Le candidat le plus naturel dans ce camp est Bernie Sanders. Celui qui a su remporter de nombreuses primaires contre Clinton en 2016, a réveillé la frange la plus à gauche du Parti Démocrate et a montré la voie à une nouvelle génération. Le Sénateur du Vermont, qui se dit ouvertement “socialiste” (très rare aux Etats-Unis), demeure populaire chez les cols bleus. Partisan d’un système de santé universelle et d’un salaire minimum, opposé au libre-échange, il risque toutefois de faire peur à de nombreux électeurs.

(Bernie Sanders)

Sur un créneau assez proche, Elizabeth Warren apparaît également comme une candidate crédible. La Sénatrice du Massachusetts, surnommée “Pocahontas” par Trump après qu’elle ait redevendiqué (assez maladroitement) ses origines amérindiennes, est une oratrice passionnée, capable de mobiliser elle aussi l’aile gauche du parti Démocrate. Sanders et Warren ont toutefois deux désavantages. D’abord leur âge. En janvier 2021, au moment de l’inauguration speech, Sanders aura 79 ans. Warren aura elle 71 ans (pour mémoire, Trump aura 74 ans…). Autre désavantage : les deux sont originaires d’Etat qui votent traditionnement Démocrate (et le Vermont a un poids politique très faible).

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(Elizabeth Warren)

Quatre autres candidats potentiels avec des positionnements proches, quoique un peu moins “à gauche” doivent également être mentionnés. Sherrod Brown, Sénateur de l’Ohio, est à mon avis le plus crédible sur le créneau politique des “cols bleus”. Agé de 66 ans, Brown n’est plus tout jeune mais il vient à nouveau d’être réélu. Avec sa voix rocailleuse et son discours axé sur les plus modestes, originaire d’un Etat politiquement important qui peut être reconquis par son parti, Brown est à même de séduire les ouvriers du Midwest.

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(Sherrod Brown)

Amy Klobuchar a également un profil intéressant pour les Démocrates. Très appréciée au sein de son parti, elle vient d’être facilement réélue Sénatrice du Minnesota. Klobuchar, avocate de 58 ans, oratrice efficace, vient d’un Etat d’importance électorale moyenne mais généralement considéré comme un swing State.

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(Amy Klobuchar)

Autre femme engagée, Kamala Harris. La Sénatrice de Californie, ancienne procureure de son Etat, âgée de 54 ans, a déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle n’écartait pas de se présenter à l’élection présidentielle. Née d’un père jamaïcain et d’une mère indienne (originaire du Tamil Nadu), Harris est l’une des voix les plus véhémentes au niveau national à l’égard de Trump. Ses dépenses publicitaires sur Facebook, sa présence pendant la campagne des Midterms aux côtés de candidats Démocrates dans plusieurs Etats et l’écriture d’un livre de mémoires, sont autant de signes d’une candidature à venir. Le fait d’être issue du plus puissant Etat est à la fois un avantage et un inconvénient. Avantage parce qu’elle peut compter sur des dons potentiellement très importants. Inconvénient parce que n’importe quel candidat Démocrate remportera la Californie. L’enjeu électoral est donc faible.

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Kamala Harris

Il faut enfin citer le “phénomène” Beto O’Rourke. Malgré sa défaite à l’élection sénatoriale du 6 novembre dernier au Texas contre le très conservateur Ted Cruz, O’Rourke aura marqué cette élection par son charisme, son style de campagne, sa façon de s’opposer à Trump sans chercher à polémiquer et son record de levée de fonds (plus de 70 millions de dollars). Certes, l’ancien représentant d’El Paso a perdu (de peu) et n’a plus de fonctions politiques majeures. Mais il a de nombreux atouts : son nom est désormais connu nationalement ; l’enthousiasme qu’il a suscité pendant cette campagne est comparable à celui d’Obama en 2008 ; il peut utiliser les fonds considérables qu’il n’a pas utilisés. Et surtout, il est originaire du deuxième Etat américain le plus puissant. Si O’Rourke se lançait dans la campagne de 2020 et devenait le candidat démocrate, il serait en position favorable pour entrer à la Maison Blanche. Car non seulement la Californie, le New York et l’Illinois voteraient pour lui, mais même le Texas, le plus chauvin de tous, choisirait sans doute l’enfant du pays. Sur le plan idéologique, O’Rourke affichait originellement des idées plutôt à gauche sur l’échiquier politique américain (sauf sur le libre-échange), mais il a su montrer un autre visage pendant sa campagne. Celui d’un élu pragmatique à la recherche du compromis et de solutions concrètes. Encore inexpérimenté politiquement et âgé seulement de 46 ans, O’Rourke a cependant du temps devant lui, et même avec ses 48% dans un Etat probablement ingagnable pour un Démocrate, il va devoir trouver les moyens de créer une nouvelle dynamique. A voir s’il en a envie.

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(Beto O’Rourke)

 

Les candidats “modérés”

Joe Biden est pour l’instant nettement en tête parmi tous les profils testés chez les Démocrates dans les premiers sondages réalisés. L’ancien vice-président de Barack Obama est une personnalité connue de tous les Américains et respectée. Sa vie, marquée par les drames familiaux (il perd sa première épouse et sa fille Naomi Christina dans un accident de voiture en 1972, puis, plus récemment, en 2015, son fils, Beau Biden, emporté par un cancer du cerveau), suscite une grande affection chez nombre de ses compatriotes. Très expérimenté, populaire y compris dans l’électorat ouvrier, considéré comme un centriste mais ne retenant pas ses coups contre Trump (qu’il a invité publiquement à venir se battre !), Biden a toutefois une réputation de gaffeur. Tout au long de sa carrière politique, il est à plusieurs reprises “sorti de la route” en tenant des propos déplacés. Biden a surtout un “problème d’âge” puisqu’il aura 78 ans en novembre 2020. Son humanité et son bagout suffiront-ils à faire oublier le fait qu’il a été élu sénateur pour la première fois en 1972 ?

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(Joe Biden)

La Sénatrice de New York, Kirsten Gillibrand, est une autre candidate potentielle crédible. Cette avocate de 51 ans, qui a succédé à Hillary Clinton lorsque celle-ci est devenue Secrétaire d’Etat dans l’administration Obama, est souvent comparée à l’ancienne adversaire de Trump. Elle apparaît toutefois comme plus conservatrice, par exemple sur le port d’armes ou sur le mariage homosexuel. Plus récemment, elle a défendu des thèses plus progressistes, se faisant accuser d’opportunisme politique. Gillibrand, que j’ai rencontrée il y a quelques années, m’a paru être une femme de convictions, solide mais peut-être un peu trop “classique” pour certains Démocrates, davantage attirés par des profils en rupture. D’autre part, comme Harris pour la Californie, elle est issue d’un Etat d’ores et déjà acquis aux Démocrates. Le fait qu’elle soit issue du New York peut même s’avérer contre-productif dans des Etats ruraux ou industriels.

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(Kirsten Gillibrand)

Cory Booker, Sénateur du New Jersey, âgé de 49 ans, lui a un atout original : proche des géants de la Silicon Valley, il est considéré comme l’un des politiciens les plus en pointe sur les réseaux sociaux et sur les nouvelles technologies. Premier sénateur de son Etat d’origine afro-américaine, c’est un orateur énergique, avec un positionnement politique social-libéral (fiscally conservative, socially progressive). Comme Gillibrand, il est toutefois l’élu d’un Etat acquis aux Démocrates.

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(Cory Booker)

Le nom de John Hickenlooper est souvent évoqué pour les primaires Démocrates de 2020. L’ancien maire de Denver (l’une des villes américaines les plus attractives) et gouverneur du Colorado, est une sorte d’antidote à Trump selon Time Magazine. Ancien géologue et homme d’affaires (dans le secteur des brasseries), âgé de 66 ans, Hickenlooper est un modéré à la recherche du compromis. Il fut ainsi capable de travailler avec les Républicains dans son Etat pour faire évoluer la législation sur le contrôle des armes ou sur la légalisation du cannabis, sujet sur lequel le Colorado est en avance sur le reste des Etats-Unis. Le Colorado étant en outre perçu comme un swing State, sa candidature aurait du sens. Hickenlooper a d’ailleurs annoncé qu’il étudiait en ce moment la faisabilité d’une campagne.

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(John Hickenlooper)

Autre homme d’affaires passé en politique, Michael Bloomberg. L’ancien maire de New York, qui fut élu en 2001 juste après les Etats du 11 septembre sous l’étiquette… Républicaine, est un soutien actif des Démocrates. Ce social-libéral très “new-yorkais” (aux idées sociétales progressistes) peut évidemment compter sur son immense fortune (11e mondiale) et revendiquer un bilan positif en tant que maire de la plus grande ville américaine. Comme pour Gillibrand, être originaire de New York et le fait d’être vu comme appartenant à une élite urbaine peuvent toutefois s’avérer contre-productif. Par ailleurs, son âge (76 ans) pourrait être perçu comme un désavantage.

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Michael Bloomberg

D’autres noms circulent également parmi les Démocrates comme Andrew Cuomo (60 ans, gouverneur de l’Etat de New York), Gary Newsom (51 ans, le nouveau gouverneur de Californie) ou Julian Castro (44 ans, ancien maire de San Antonio et secrétaire au Logement dans l’administration Obama). Mais il est trop tôt pour savoir si ces derniers ont envie d’y aller ou s’ils ont une chance sérieuse.

Dernière remarque : cette liste n’est pas exhaustive. Car d’ici l’été prochain, lorsque les candidats vont commencer à aller repérer le terrain en Iowa, dans le New Hampshire et en Caroline du Sud, les trois premiers Etats à s’exprimer pendant les primaires, d’autres candidatures pourraient voir le jour. Le charme de la nouveauté, spécificité de la politique américaine.

A suivre…

AKM, le 17 novembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qu’il faut retenir des Midterms (en synthèse)

On se moque souvent de ces soirées électorales où chaque camp clame sa victoire. Les Midterms 2018 resteront pourtant une élection où les deux camps peuvent légitiment se dire vainqueur. Dans le détail, il y a toutefois quand même quelques perdants.

 

LES GAGNANTS

Trump, vainqueur sur sa personne au Sénat

Trump d’abord. Oui, c’est lui qui a fait progresser les Républicains au Sénat. En reprenant aux Démocrates les sièges au North Dakota (attendu) mais surtout en Indiana, en Floride, au Missouri, peut-être au Montana (seulement 8.000 voix d’écart pour le moment). En conservant le Tennessee et surtout le Texas, peut-être l’Arizona. Non seulement, les Démocrates n’ont pas repris le Sénat (scénario que j’avais estimé quasi-impossible), mais en plus les Républicains progressent et devraient passer de 51 à 53-55 sièges !

Alors bien sûr, on pourra objecter qu’il est facile à un Républicain de gagner dans tous ces “Trump countries” du Midwest (Indiana, Missouri, North Dakota) ou du Sud (Tennesse, Texas). Mais les faits sont là. Partout où Trump a fait activement campagne au cours des dernières semaines, les candidats  du GOP ont gagné alors qu’ils étaient donnés perdants ou en risque. Lorsqu’il tweete ce matin “tremendous success” ou qu’il cite un commentateur parlant de lui comme d’un “magic man”, il ne s’agit pas que d’une fanfaronnade. Il a des raisons légitimes.

Le voilà vraiment aux commandes du parti Républicain, car plus personne n’osera le critiquer. Celui qui avait gagné la primaire de son parti “par la bande” contrôle désormais le jeu dans son camp. Et même si les Démocrates risquent effectivement de lui “pourrir” la vie pendant deux ans, Trump a trouvé l’adversaire dont il avait besoin pour cogner comme il aime le faire. Faisons le pari : dans les Tweets de Trump, tout ce qui ira mal dans les deux prochaines années sera de la faute des Démocrates.

Pour l’anecdote, Trump a en plus une satisfaction personnelle. Scott (R) a remporté le siège au Sénat de Floride et Desantis (R) va devenir gouverneur de l’Etat. “Son” Etat” (avec New York). C’est là qu’il habite une partie de l’année, dans sa propriété de Mar-y-Lago.

 

Les Démocrates vainqueurs aussi…

Les Démocrates sont les autres grands gagnants de la soirée. Ils reprennent le contrôle de la Chambre. C’était attendu. Ils l’ont fait. Et avec la manière. Ils devraient passer de 195 sièges à 230, voir s’approcher des 240. Ils sont nettement au-dessus de la majorité à 218.

Cette majorité à la Chambre des Représentants va par exemple leur permettre :

  • de prendre la tête de plusieurs commissions clés (finance, justice mais surtout le Committee on Ways & Means, la commission en charge des sujets fiscaux).
  • d’assigner (subpoena) le Président et son entourage
  • de lancer des commissions d’enquête
  • de réclamer les déclarations fiscales de Trump (qu’il s’est toujours refusé à donner)
  • de bloquer les décisions du président ou les projets du Sénat
  • de forcer Trump et les Républicains à faire des compromis.

Les Démocrates ont de nombreuses raisons de se réjouir. Certes, ils ont reculé au Sénat avec une configuration qui leur était historiquement défavorable. Mais ils ont regagné des voix dans les Etats “cols bleus” qui avaient voté pour Trump en 2016 : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, West Virginia.  Bon présage pour 2020.

D’autre part, ils ont sélectionné des candidats de qualité pour regagner la chambre, avec des profils qui reflètent mieux l’électorat : de nombreuses femmes, des vétérans, des jeunes, des représentants de minorité, etc. A noter que pour la première fois dans l’histoire, plus de 100 femmes siègeront à la Chambre.

Autre motif de satisfaction : même si la révélation de la campagne Beto O’Rourke perd au Texas (48% quand même dans un Etat profondément Républicain), d’autres figures traditionnelles du parti l’emportent nettement, comme Amy Klobuchar (Minnesota), Kirsten Gillibrand (New York) ou Sherrod Brown (Ohio). De potentiels candidats pour 2020…

Signe prometteur enfin pour les Démocrates : ils regagnent du terrain dans les circonscriptions de trois Etats industriels qui ont décidé de la victoire de Trump en 2016 : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin. A noter également que dans ces trois Etats, ils remportent l’élection des gouverneurs.

 

LES PERDANTS

Les Républicains à la Chambre

Les Républicains qui s’étaient imposés dans les suburban areas (banlieues) reculent partout. De nombreux districts urbains, même dans des Etats profondément conservateurs, ont basculé ou sont redevenus “bleus”. Qui aurait pu imaginer voir des villes comme Dallas, Houston ou Oklahoma City élire des Représentants Démocrates ? Le vote latino, le vote jeune, le vote féminin sont favorables aux Bleus.

Par ailleurs, Trump n’a pas réussi à transformer les régions minières et industriels de l’Est en terres solidement Républicaines. Les électeurs semblent être revenus vers le vote traditionnel. Un vrai risque pour 2020.

Les Démocrates sont majoritaires aux Etats-Unis en nombre. Ces Midterms le confirment.

 

Les nouvelles figures médiatiques chez les Démocrates

Ils ont capté l’attention des médias nationaux parce qu’ils affrontaient des Républicains dans des Etats conservateurs en pensant pouvoir l’emporter. Ils ont échoué.

J’ai beaucoup évoqué le candidat au Sénat Beto O’Rourke. Avec son record de collecte de fonds (70 m$), il pouvait espérer faire basculer le Texas, ce qui aurait été exceptionnel. Raté, même si son score est remarquable avec moins de 3% d’écart par rapport à Ted Cruz, ce qui correspondait à la fourchette basse des sondages ! O’Rourke a toutefois séduit de nombreux Texans et a su créer une dynamique qui restera. Il a aussi atteint une dimension nationale impressionnante qui le positionne pour 2024, peut-être même pour 2020.

Autre déception pour les Démocrates : Andrew Gillum, 39 ans, maire de Tallahassee, qui aurait pu devenir le premier gouverneur afro-américain de Floride. Malgré son charisme, il échoue de peu face au candidat de Trump, Ron DeSantis (60.000 voix d’écart pour plus de 8 millions de votes).

En Arizona enfin, Kyrsten Sinema est en passe de perdre son pari et ne devrait pas remporter le siège de sénatrice de l’Arizona, malgré un positionnement modéré dans cet Etat plutôt conservateur et beaucoup d’espoir chez les Démocrates de s’y imposer.

 

Les Sénateur Démocrates modérés sortants

Souvent élus dans des Etats de tradition républicaine, ils avaient un positionnement modéré et espérer pouvoir l’emporter à nouveau. Ils ont perdu leur siège. Donnelly en Indiana, McCaskill dans le Missouri, Nelson en Floride, Heitkamp au North Dakota, Tester au Montana (à confirmer pour ce dernier).

Dans l’Amérique de 2018, la modération ne paye pas…

AKM, 7 novembre 2018

Les 3 scénarios possibles pour les Midterms

J-2 – Nous y sommes. Déjà 30 millions d’Américains ont voté dans les Etats où les early votes sont possibles (contre 20 millions en 2014). Les électeurs semblent s’être mobilisés pour un scrutin qui laissera des traces profondes dans une Amérique divisée comme rarement et des groupes politiques en grande tension.

En 2016, sur mon précédent blog dédié à la campagne présidentielle, j’avais décrit 2 scénarios (sur 7) où Trump l’emportait, notamment en Pennsylvanie, au Wisconsin et au Michigan. Ce sont justement ces trois Etats qui ont fait basculer le collège électoral et l’ont porté à la Maison Blanche.

Les possibilités sont plus simples pour ces Midterms et, schématiquement 3 scénarios sont envisageables :

Scénario 1 : Le Sénat demeure Républicain, la Chambre des Représentants devient Démocrate

Probabilité (estimation personnelle) : 70%

Selon tous les analystes politiques et sondeurs, c’est le scénario le plus probable. Au Sénat, les Démocrates peuvent peut-être remporter 2 sièges (Arizona, Nevada), 4 au mieux (Texas, Tennessee) si les jeunes et les latinos se mobilisent. Mais, dans le même temps, ils devraient perdre le Dakota du Nord, peut-être le Missouri et l’Indiana, voire quelques autres sièges. Sauf  “vague bleue”, les Républicains devraient donc conserver la chambre haute, voire même accroître leur majorité, la configuration des 35 sièges en jeu leur ayant rarement été aussi favorable.

A l’inverse, à la Chambre des Représentants, sur les 435 sièges en jeu, environ 60 sont considérés comme serrés. Or, 50 d’entre eux sont actuellement occupés par des Républicains (nombre d’entre eux ne cherchent d’ailleurs pas à se faire réélire). Les Démocrates ont en outre collecté largement plus de fonds que leurs adversaires dans ces districts. Ils sont donc en situation favorable pour prendre la majorité à la chambre basse.

On irait alors vers une chambre partagée. La situation se compliquerait indiscutablement pour Trump car la majorité Démocrate bloquerait vraisemblablement certaines décisions du Président, tout en lançant des commissions d’enquête sur ses finances personnelles ou sur d’autres affaires qui le concernent, lui et son entourage. L’atmosphère au Congrès serait tendue, mais le Président conserverait cependant une relative marge de manoeuvre en matière de fiscalité et surtout en politique internationale (sujet généralement davantage dévolu au Sénat). Trump en profiterait pour stigmatiser pendant les deux prochaines années la majorité Démocrate à la Chambre, qu’il rendrait responsable de tous les maux.

Selon les dernières prévisions, ce scénario se situerait autour de 80%-85%. Je suis pour ma part un peu plus prudent et le voit plutôt à 70% car un autre scénario pour l’instant assez peu envisagé me paraît avoir été sous-estimé, celui d’une victoire des Républicains dans les deux chambres.

 

Scénario 2 : Les Républicains conservent le Sénat ET la Chambre des Représentants 

Probabilité (estimation personnelle) : 20%-25%

Nous étions peu nombreux à envisager la victoire de Trump en 2016. Ce n’était d’ailleurs pas mon scénario principal (2 chances sur 7 pour Trump contre 5 sur 7 pour Clinton). C’est pourtant bien celui qui s’est produit, avec un Trump emportant de justesse quelques Etats clés (l’élection de Trump s’est jouée à 88.000 voix, soit la somme des votes qui lui ont donné la majorité en Pennsylvanie, au Michigan et dans le Wisconsin).

Il est parfois difficile à comprendre vu d’Europe comment autant d’Américains ont pu voter pour le milliardaire. De fait, les mêmes raisons qui ont motivé les électeurs à choisir le candidat Républicain en 2016 malgré son inexpérience, ses frasques et ses propos clivants pourraient jouer à nouveau en 2018.

Certes, il s’agit ici d’élections locales et le rejet de Clinton dans une partie de l’électorat traditionnellement Démocrate, phénomène qui a tant pesé sur le scrutin présidentiel en novembre 2016, n’aura plus d’influence sur ces Midterms. Trump peut en revanche toujours compter sur le vote religieux conservateur ainsi que sur les Américains qui redoutent une vague migratoire (les images de la caravane des migrants tournent en boucles depuis des semaines sur les écrans américains et ont été largement instrumentalisées par les Républicains).

La réserve de voix pour les Républicains vient surtout de ces nombreux citoyens indécis, qui désapprouvent le style de Trump mais qui voient que le taux de chômage est à un niveau historiquement bas et la croissance à un niveau élevé. Par défaut, ils pourraient alors préférer ce qu’ils connaissent plutôt que favoriser l’émergence de certains élus Démocrates, donc beaucoup se positionnent très à gauche et font peur aux électeurs modérés.

L’opposition souhaitait que la campagne porte sur la santé et sur les inégalités. Raté ! Le Président voulait parler d’immigration et de taux de chômage.  Il a réussi. Le sursaut républicain, scénario finalement assez peu envisagé, me paraît donc possible, surtout si les électorats favorables aux Démocrates ne se déplacent pas en masse. Ceci n’exclut pas la possibilité de victoires locales qui feraient la Une (la victoire d’O’Rourke au Texas, l’élection de la nouvelle égérie de la gauche radicale Alexandria Ocasio-Ortez à New York, ou encore la victoire de Gillum ou d’Abrams aux postes de gouverneurs de Floride et Géorgie).

Si les Républicains conservent la majorité aux deux Chambres, Trump y verra une victoire personnelle (à raison), légitimant sa présidence, son style et sa façon de faire campagne. Il aura les mains libres pour les deux prochaines années et préparera sa réélection de façon plus confortable.

Au niveau international, les leaders politiques qui utilisent les mêmes thèmes et le même style se sentiront pousser des ailes…

 

Scénario 3 : Les Démocrates prennent le contrôle des deux Chambres

Probabilité (estimation personnelle) : 5%-10%

C’est le scénario de la “vague bleue”, selon moi le plus improbable. Lassés d’un président mégalo, narcissique et clivant, inquiets pour leur santé, les Américains décideraient de sanctionner massivement l’Administration Trump.

Dans ce scénario, comme prévu, les Démocrates emporteraient la Chambre des Représentants mais surtout gagneraient au Sénat l’Arizona, le Nevada et le Texas (ou le Tennessee), en ne perdant que le Dakota du Nord, et conservant leurs 25 autres sièges sortants. Ils obtiendraient alors les 51 sièges requis.

Le Congrès deviendrait à majorité Démocrate. Trump perdrait sa totale liberté d’action et pourrait s’attendre à deux années très difficiles, tant au niveau politique que sur le plan personnel. Ce n’est pas tant la procédure d’impeachment qui l’inquiétera car la destitution d’un Président requiert 2/3 des votes au Sénat. Il ne serait pas non plus forcément fragilisé pour sa réélection de 2020. On l’a vu avec Clinton et Obama qui perdirent la majorité au Congrès deux après leur première élection et qui furent pourtant réélus. Je pense ici au risque pour Trump de devoir affronter les commissions d’enquête parlementaires que j’évoquais plus haut.

Un tel scénario paraît toutefois moins plausible que les deux autres, mais pas impossible. L’élément décisif sera la participation, notamment dans les Etats clés pour le Sénat, comme je l’expliquais dans mon post de vendredi : Les 11 Etats qu’il faudra suivre mardi soir.

Je le redis à nouveau, rien n’est joué, surtout que la participation s’annonce plus élevée qu’aux précédentes élections Midterms…

AKM, 4 novembre 2018

 

Les 11 Etats qu’il faudra suivre mardi soir

J-4. Mardi soir, nous devrions connaître la composition du Congrès. Les sondages et l’arithmétique politique donnent les Démocrates gagnants à la Chambre des Représentants et les Républicains gagnants au Sénat.

Les Démocrates bénéficient de fait d’une situation favorable à la chambre basse. Les 435 sièges, soit l’intégralité, sont en jeu. Le niveau d’impopularité du président Trump étant parmi les plus élevés de l’après-guerre, ils peuvent espérer une “vague bleue”, ou à défaut, une progression en nombre de Représentants. A ce jour, même s’il peut y avoir quelques surprises, les Démocrates contrôlent solidement ou sont donnés gagnants dans au moins 200 à 210 districts. La majorité étant à 218, il ne leur faut gagner que quelques sièges supplémentaires. Or, au vu de la polarisation de l’électorat, ils peuvent compter sur l’apport des plus grands Blue States, comme la Californie, le New York, l’Illinois, le New Jersey, voire une partie de la Floride. Le nombre de sièges à la Chambre des Représentants étant proportionnel à la population de chaque Etat, la démographie joue en leur faveur.

Il en va tout autrement au Sénat. Trump peut là être assez tranquille même s’il montre des signes de nervosité et se fait de plus en plus violent verbalement dans ces derniers jours de campagne. A moins d’un vote massif de plusieurs Etats plutôt ou très Républicains en faveur des candidats Démocrates, scénario improbable mais pas impossible, le GOP est pourtant en position très favorable pour conserver sa majorité à la chambre haute (selon le site FiveThirtyEight, la probabilité est désormais de 85%).

J’ai déjà évoqué cette arithmétique dans plusieurs posts précédents. Je voudrais ici me concentrer sur les Etats qu’il conviendra de surveiller mardi soir pour voir si le Sénat bascule “bleu”, ou si effectivement, il reste “rouge” comme prévu.

Pour rappel, sur les 35 sièges en jeu au Sénat mardi prochain, 26 sont aujourd’hui occupés par des Démocrates, 9 par des Républicains. Les Démocrates ayant besoin de +2 sièges pour prendre la majorité (pour passer de 49 à 51), leur espoir est de remporter les 26 sièges sortants + gagner 2 sièges occupés actuellement par les Républicains. Ce seul scénario est en soi difficile car non seulement, le gain de 2 sièges n’est pas assuré, mais surtout, ils pourraient perdre quelques sièges.

Or, dans la mesure où sur les 9 sièges actuellement Républicains, les Démocrates peuvent dans l’hypothèse la plus favorable en emporter 4 (les 5 autres paraissant intouchables : Mississippi 1 & 2, Utah, Wyoming, Nebraska), ils n’ont en réalité pas droit à plus de deux défaites sur leurs 26 sièges en jeu s’ils veulent conserver leurs chances de prendre la majorité au Sénat.

Senate Seats at stake.jpg

(The Guardian)

Je synthétise ci-après les dernières tendances sur les 7 sièges que les Démocrates pourraient perdre et les 4 qu’ils peuvent espérer gagner.

LES 7 SIEGES QUE LES DEMOCRATES PEUVENT PERDRE

Floride (Risque pour les Démocrates : faible à moyen)

Dans le Sunshine State, le Sénateur sortant Bill Nelson est donné gagnant à 70% contre le Républicain Rick Scott, homme d’affaires et actuel gouverneur de l’Etat. Sur les 10 sondages les plus récents, 9 sur 10 donnent Nelson gagnant, mais avec une marge réduite. L’un des deux réalisés la semaine dernière montre même Scott avec une légère avance.

Minnesota (Risque pour les Démocrates : faible)

Dans le Minnesota, cet Etat de lacs et de forêts du Nord Midwest à la frontière canadienne, Tina Smith, en poste depuis seulement le début de l’année (elle a remplacé Al Franken, le Sénateur démocrate accusé de comportements déplacés à l’égard de plusieurs femmes), est donnée gagnante à 89%. Son adversaire Républicaine, Karin Housley, actuellement élue à la Chambre des Représentants, est en moyenne distancée de 3% à 6% dans les derniers sondages.

Dakota du Nord (Risque pour les Démocrates : fort)

S’il y a un siège que les Républicains peuvent espérer reprendre aux Démocrates, c’est celui du Dakota du Nord. Cet Etat du Upper Midwest, vaste comme la Grande-Bretagne mais faiblement peuplé (moins que l’agglomération toulousaine), lui aussi à la frontière canadienne, connaît une progression rapide de sa population depuis la découverte de schistes bitumineux.

La Sénatrice sortante, Heidi Heitkamp, est donnée perdante à 75%, face à son adversaire Républicain, Kevin Cramer. Dans cet Etat pétrolier et rural, le GOP est de loin le premier parti aux élections. Le Dakota du Nord a d’ailleurs largement voté pour Trump en 2016. La victoire de Heitkamp en 2012 avait ainsi été considérée comme une surprise et venait récompenser une campagne de proximité. Elle aura toutefois du mal à rééditer son exploit, malgré un positionnement politique très conservateur (pour une Démocrate). En face, Cramer, actuellement représentant de l’Etat au Congrès, est un Républicain “pur jus”. Pentecôtiste, niant le changement climatique et favorable à la fracturation hydraulique, opposé à l’avortement et aux droits LGBT, conseiller de Trump sur l’énergie pendant la campagne présidentielle, il est aujourd’hui la plus grande chance de son parti de reprendre un siège au Sénat. Les trois sondages réalisés en octobre le prédisent vainqueur avec une avance comprise entre 9 à 16 points.

Missouri (Risque pour les Démocrates : moyen à fort)

Dans cet Etat au coeur du Midwest Américain, avec deux villes importantes, Saint-Louis et Kansas City, mais aussi une population rurale significative, les projections montrent un “match” très serré entre Claire McCaskill, la sortante Démocrate et Josh Hawley, un juriste de 38 ans, soutenu par les Républicains.

McCaskill, Sénatrice depuis les Midterms de 2006, est en situation légèrement favorable (60% de chances de l’emporter) mais Hawley, un autre enfant du Missouri, passé par Stanford et Yale, auteur d’une biographie sur Theodore Roosevelt, est un candidat sérieux. Sur les 10 derniers sondages, il est d’ailleurs donné gagnant 7 fois et à égalité 2 fois. Le dernier sondage d’Harris Interactive portant sur 1225 électeurs probables donne cependant McCaskill en tête de deux points. Dans tous les cas, voici un des sièges le plus à risque pour les Démocrates. Trump y a logiquement fait un stop (hier) pour apporter son soutien à Hawley et Pence vient de s’y rendre aujourd’hui.

Montana (Risque pour les Démocrates : moyen)

Le superbe Etat du Montana dans les Rocheuses est une des élections sensibles pour les Démocrates. John Tester, le Sénateur sortant est certes en position très favorable (87%), mais son opposant Républicain Matt Rosendale a non seulement reçu le soutien de Trump lors d’un de ses premiers meetings de campagne, mais aussi celui du troisième candidat, le libertarien Rick Breckenridge, qui s’est désisté (ce qui lui a valu les remerciements du président en personne via Twitter). Les 6-7 points d’écart seront sans doute difficiles à combler mais si l’électorat républicain se mobilise, Rosendale peut espérer l’emporter sur le fil.

Indiana (Risque pour les Démocrates : moyen)

Dans cet Etat céréalier et industriel du midwest de tradition républicaine et terre d’origine du vice-président Mike Pence, Joe Donelly, le Sénateur démocrate sortant, est en position favorable puisqu’il est donné gagnant à 70%. Son adversaire républicain Mike Braun est toutefois sorti à égalité dans le dernier sondage (Harris Interactive). Avec le soutien fort de Pence et de Trump, il peut tout à fait l’emporter mardi prochain.

Virginie-Occidentale (Risque pour les Démocrates : faible)

Dans ce petit Etat des Appalaches, de tradition minière et ouvrière, l’excellent score de Trump aux présidentielles de 2016 a été largement scruté pour comprendre comment un Etat traditionnellement Démocrate avait pu choisir le candidat du GOP.

Fort de cette victoire, le candidat républicain Patrick Morrisey espère sortir le Sénateur Joe Manchin. Celui-ci est toutefois donné largement gagnant (87%), avec 9 sondages sur 10 qui prédisent une nouvelle victoire. Seul un sondage de mi-octobre a donné quelques chances à Morrisey. Mais Manchin, 71 ans, ancien gouverneur de l’Etat, reste populaire. Celui qui est généralement considéré comme le plus conservateur des Sénateurs Démocrates (opposé à l’avortement, membre de la National Rifle Association, favorable à l’élection du juge Kavanaugh à la Cour Suprême) est en position favorable.

 

LES 4 SIEGES QUE LES REPUBLICAINS PEUVENT PERDRE

Tennessee (Risque pour les Républicains : faible)

Dans le Tennessee, l’Etat du Jack Daniel’s et de la musique country, la tradition républicaine est de rigueur. Logiquement, Marsha Blackburn, la candidate du GOP, actuelle Représentante de l’Etat au Congrès, est en position idéale pour prendre le siège de Bob Corker, le Sénateur sortant qui se retire de la vie politique. Conservatrice parmi les conservateurs, opposée à l’avortement, rejetant la théorie de l’évolution et l’idée du réchauffement climatique, Blackburn est donnée gagnante à 83% face à l’ancien maire de Nashville et ex-gouverneur de l’Etat, Phil Bredesen.

Ce dernier peut toutefois espérer l’emporter en comptant sur le soutien surprise de la grande célébrité locale, la chanteuse Taylor Swift, qui pourrait lui apporter les voix nécessaires. Swift, avec ses dizaines de millions de followers sur différents réseaux, avait toujours refusé de se prononcer politiquement. Or, dans un post Instagram de début octobre et à la grande stupeur de nombreux fans qui croyaient la chanteuse, surnommée la “Déesse aryenne” (sic), Républicaine ou au pire apolitique, Swift a appelé à voter pour le candidat Démocrate.

Ce soutien ne semble toutefois pas avoir eu d’effet et le dernier sondage donne Blackburn largement gagnante (9 points d’avance dans les deux derniers sondages). Ce siège paraît solidement Républicain.

Nevada (Risque pour les Républicains : moyen à fort)

Contrairement au Tennessee, le Nevada, l’Etat de Las Vegas et du festival The Burning Man, a toujours balancé entre Républicains et Démocrates au cours des dernières élections.

C’est encore le cas pour ces Midterms. Le Républicain sortant, Dean Heller, et la challenger Démocrate, Jacky Rosen, sont au coude à coude. Rosen est une ancienne professionnelle de l’informatique et protégée d’Harry Reid, le chef de la minorité Démocrate au Sénat.

Selon les derniers sondages réalisés dans l’Etat, les deux adversaires sont à 50 / 50, Ipsos donnant Heller gagnant, alors que Harris Interactive prédit une victoire de Rosen. Il est probable que l’élection soit indécise jusqu’au bout. Ce siège est, avec l’Arizona, l’une des deux meilleures chances pour les Démocrates d’emporter un siège.

Arizona (Risque pour les Républicains : moyen à fort)

L’autre siège que les Démocrates pourraient emporter est en Arizona, juste au sud du Nevada et à la frontière du Mexique. Jeff Flake, le sortant Républicain ne se représentant pas, le GOP mise sur Martha McSally, 52 ans. Cette élue à la chambre basse est une ancienne pilote de l’armée de l’air. Spécialiste des questions de défense, elle est considérée comme une modérée et n’a pas soutenu Trump en 2016. Certains leaders du GOP ne voient donc pas cette candidate d’un bon oeil, mais le parti s’est rangé derrière elle pour espérer conserver l’Etat du sud-ouest.

En face, Kyrsten Sinema, 42 ans, est elle aussi perçue comme une élue centriste. Ouvertement bisexuelle, elle est comme McSally élue à la Chambre des Représentants. Dans un Etat plutôt conservateur, elle compte sur le vote latino et sur la participation des jeunes pour l’emporter. Selon les derniers sondages, Sinema est donnée gagnante, mais McSally est très proche. A noter que la troisième candidate, l’écologiste Angela Green vient de se désister pour Sinema, ce qui pourrait s’avérer décisif mais si une partie des votes a déjà été enregistrée.

Texas (Risque pour les Républicains : faible à moyen)

Le dernier des quatre sièges que les Démocrates espèrent pouvoir emporter, même si la marche est plus haute en apparence qu’au Nevada ou en Arizona, est aussi celui de tous les records. Le scrutin qui sera analysé de près mardi soir au niveau national. Dans le plus grand Etat Républicain, le Texas, la réélection de Ted Cruz aurait dû être une formalité. Mais contre toute attente, cet ultraconservateur qui termina deuxième de la primaire derrière Trump en 2016, est aujourd’hui challengé par la figure montante du Parti Démocrate, Beto O’Rourke. Ce dernier vient d’ailleurs de dépasser les 60 millions de dollars de petits dons, soit la plus grosse levée de fonds pour une élection locale dans l’histoire américaine.

Jusqu’à la mi-octobre, Cruz était donné gagnant dans tous les sondages avec une marge de 6 à 10 points d’avance. Mais les écarts se resserrent. En fait, tout dépendra de la participation. Si l’électorat latino et les jeunes viennent voter massivement, l’issue du scrutin pourrait être différente. Cruz se sent d’ailleurs relativement fragile comme en témoigne ses derniers tweets où il accuse indirectement son adversaire de financer la caravane de migrants honduriens (sic). Selon les deux derniers sondages (de la semaine), l’avance de Cruz ne serait ainsi plus que de 3 à 5 points, soit la marge d’erreur en matière de sondage.

Même si O’Rourke s’est refusé jusqu’à présent à faire une campagne agressive, préférant des propos plus rassembleurs, il est probable que les dernières heures avant le scrutin soient de plus en plus tendues.

 

En synthèse, on le voit, les dernières projections montrent que les Démocrates pourraient perdre le Dakota du Nord et le Missouri, voire le Montana ou l’Indiana. Ils peuvent en revanche espérer gagner le Nevada et l’Arizona, voire le Texas, mais cela ne suffirait pas à reprendre la majorité. Les combinaisons possibles sont plutôt encourageantes pour les Républicains, qui peuvent même envisager d’accroître leur majorité au Sénat.

Il convient toutefois d’être très prudent sur les sondages car il est difficile d’apprécier le taux de participation. Je rappellerai simplement ici que les 50 sondages réalisés en Pennsylvanie avant l’élection présidentielle de 2016 donnaient Hillary Clinton gagnante. Trump a fini par s’imposer avec… 44.000 voix d’avance sur plus de 6 millions suffrages exprimés.

Comme toujours, rien n’est donc joué !

AKM, le 2 novembre 2018

 

Le “nouveau monde” est décidément effrayant

En quelques jours, la campagne américaine a pris un nouveau tournant. Un détraqué de Floride supporter de Trump envoie 12 bombes artisanales à des personnalités démocrates, dont deux anciens présidents et un vice-président. Un meurtrier tue froidement deux Noirs, dont un grand-père devant son petit-fils de 12 ans, dans un magasin du Kentucky après avoir tenté de pénétrer dans une église afro-américaine. Un terroriste white supremacist tue 11 personnes dans une synagogue parce qu’il considérait les Juifs comme Satan.

L’Amérique va mal et les politiques ne font rien pour calmer le jeu. Bien au contraire ! Dans un temps qui réclamerait une forme d’unité nationale, le fait de constater la profondeur des divisions ajoute à la tristesse ressentie par tous les Américains de bonne volonté devant une succession de tragédies qui nous concernent tous et qui exigerait du recueillement, voire d’introspection. L’instrumentalisation politique d’événements qui suscitent l’émotion d’une nation n’est malheureusement pas nouvelle. Ce qui l’est plus, c’est de voir que même quand des figures médiatiques se trompent, elles sont incapables de le reconnaître.

C’est notamment le cas avec les “excités du Trumpisme” sur l’affaire des bombes artisanales à destination d’Obama, des Clinton, de Biden, de CNN, de Soros et de quelques autres cibles du président des Etats-Unis. Dans un premier temps, avant que le suspect ne soit identifié et interpellé, tous y sont allés de leur couplet à peu près identique, tant sur les réseaux sociaux que sur les chaînes d’info et notamment la Fox. Leur thèse, osée : il ne peut s’agit que d’un complot monté par les Démocrates de façon à fragiliser les Républicains à quelques jours des Midterms et à détourner l’attention des médias de cette caravane de migrants honduriens (tellement effrayante que certains Américains craignent visiblement une invasion d’aliens…).

Mais le plus regrettable, voire déprimant, c’est que même APRES l’identification du suspect, Cesar Sayoc, et l’accumulation de preuves, les mêmes “excités” ont refusé d’admettre le caractère erroné de leur thèse. Sayoc, un Républicain résidant en Floride, aux antécédents judicaires nombreux, n’était pas un dangereux et machiavélique progressiste de gauche comme ils l’affirmaient mais un simple d’esprit totalement dévoué à Trump. Sayoc déclarait d’ailleurs régulièrement dans un anglais approximatif sur les réseaux sociaux, sa haine des noirs, des gays, des Juifs, de CNN, d’Obama (“un terroriste musulman qui a du sang sur les mains et qui doit être exécuté“) et de tous les Démocrates.

Sa camionnette, saisie depuis par les enquêteurs, laisse assez peu de doute quant à ses opinions politiques et ses ennemis…

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Malgré ces évidences, et en attendant bien sûr la confirmation de la culpabilité de Sayoc, les soutiens de Trump ont pourtant continué d’adopter des postures navrantes. Car plutôt que de reconnaître l’inanité de leur position initiale, ils ont maintenu leurs propos, ont choisi l’ironie ou préféré le silence.

Quelques illustrations.

Dinesh D’Souza, analyste politique indo-américain et figure du néoconservatisme, auteur du fameux “les Démocrates sont les vrais racistes”, a initialement mis en cause la réalité des bombes (“fake mail bombs”). Pour lui, il s’agissait d’un complot, ce que montrait l’absence de compostage du timbre sur l’un des paquets. Il y était même allé d’un trait d’humour plus que douteux avec un tweet reprenant un dessin de Snoopy: la preuve qu’il s’agit de bombes démocrates ? “Aucune d’entre elle n’a fonctionné !”

A la suite des révélations sur Sayoc, D’Souza est d’abord resté silencieux avant de finir par retweeter un autre supporter de Trump, supporter affirmant que le suspect était en réalité Démocrate depuis longtemps et qu’il n’avait que récémment changé de parti, en couvrant son véhicule de stickers… Façon implicite de décrédibiliser la thèse du militant républicain manipulé et influencé par Trump.

Ann Coulter, polémiste et conférencière de l’utra-droite bien connue aux Etats-Unis, avait également fait preuve de beaucoup de témérité dans ses propos. Celle qui défend l’invasion du Mexique pour juguler l’immigration, avait immédiatement mis en cause les Démocrates, puisque, selon elle, la tactique des gens de gauche repose justement sur l’envoi de bombes.

Lorsque l’arrestation de Sayoc a été confirmée, Coulter est d’abord restée silencieuse mais elle a fini par saisir l’opportunité de souligner que comme Sayoc serait d’origine philippine, c’est bien la preuve que l’immigration est dangereuse et qu’il faut restreindre fortement les quotas. Retomber sur ses pieds quoi qu’il arrive…

Lou Dobbs, le journaliste économique préféré de Trump (Fox Business !) avait lui aussi questionné la réalité des bombes, écrivant deux tweets sur le sujet, dont un “Fake News – Fake Bomb, suivi d’un “mais à qui profite ce truquage ?”. Dobbs a fini par retirer ses deux tweets. Mais aucune excuse, ni mea culpa…

Plus ridicule encore, Candace Owens, la nouvelle star des conservateurs américains. Cette polémiste afro-américaine, fervente supportrice de Trump, avait dans un premier temps écrit qu’il y avait “0% de chance que les paquets suspects aient été envoyées par des gens de droite” puis avait ajouté : “des caravanes, des fausses bombes, les gauchistes ne savent plus quoi inventer avant les Midterms”. Owens a en parallèle déclaré à la télevision que “toute cette violence était une tactique gauchiste” et que l’on finirait par découvrir “que tout a été “organisé par la gauche”. Depuis l’arrestation de Sayoc… silence sur le sujet !

Enfin l’ineffable Rush Limbaugh. Cet animateur radio ultraconservateur, dont le talk show est le plus écouté des Etats-Unis, pensait lui aussi que les Démocrates était derrière la supercherie. Mais une fois le suspect placé en garde en vue, Limbaugh, plutôt que de reconnaître son erreur, a préféré s’attarder sur la fameuse camionnette.

Comment est-il possible qu’un tel van ait pu rouler avec tous ces stickers, s’interroge-t-il ? Avec tous les Democrates qui haïssent Trump en Floride, le van aurait dû recevoir des tomates, des oeufs pourris, etc. Certains auraient pu peindre des croix gammées dessus. Et avec la chaleur de Floride, les stickers auraient dû se décoller depuis longtemps. Rien de tout cela ne s’étant produit, ne serait-ce pas la preuve que la “décoration” est récente ? Sans aller à continuer de prétendre explicitement qu’il s’agit d’un coup monté des adversaires du président, Limbaugh laisse bien entendre qu’il pourrait y avoir une manipulation.

En somme, les Trumpiens les plus fervents, après avoir désigné les Démocrates ou même nié la réalité des bombes, refusent d’admettre ce qui apparaît comme une évidence : lorsque l’on excite une foule, on ne peut jamais exclure qu’un partisan mentalement instable ne fasse pas la part des choses et prennent au mot ce qu’un leader politique annonce. Qu’il traduise la violence verbale par de la violence physique.

C’est en cela que l’évolution de la politique américaine est effrayante. Car D’Souza, Coulter, Dobbs ou Limbaugh sont des personnalités qui comptent des millions de followers sur les réseaux sociaux et qui ont une audience médiatique de premier plan. Que vont devenir les Etats-Unis et plus généralement, l’Occident, si ceux qui communiquent n’ont plus aucun sens autocritique ? S’ils se montrent incapables du moindre consensus, du moindre compromis, de la moindre compassion ? S’ils ne reconnaissent jamais leurs erreurs ? S’ils continuent à pilonner leurs adversaires en toute circonstance ? S’ils les rendent responsables de tous les maux de l’Amérique ?

Trump lui-même n’est au fond que la manifestation d’une radicalisation qui a commencé au début des années 2000. Mais il porte indéniablement une part de responsabilité dans cette culture de l’insulte et du complot. En témoigne justement son tweet du 26 octobre au sujet des bombes (avant l’arrestation de Sayoc) :

Tweet Trump bombs

Traduction : “les Républicains sont en train de progresser dans les premiers votes et dans les sondages, et maintenant ce truc des “bombes” se produit, et le momentum se ralentit fortement. Des informations qui ne parlent pas de politique. Ce qui se passe est vraiment regrettable. Allez les Républicains, sortez de chez vous et allez voter“.

Bien triste. Vraiment triste.

AKM, 28 octobre 2018

 

 

 

Le juste édito du Dallas Morning News (traduit en français)

Cette campagne des Midterms réservent des surprises assez incroyables. Des surprises qui montrent que la politique américaine est vraiment en plein émoi. Dans un pays de plus en plus clivé, de plus en plus divisé, de plus en plus tendu, les médias ont sans doute un rôle à jouer pour tenter d’informer mais aussi de modérer (un peu) les électeurs alors que les esprits s’échauffent un peu partout. La tuerie de la synagogue de Pittsburgh ce samedi en est une épouvantable et tragique illustration.

C’est ce climat qui explique sans doute le soutien officiel que les deux grands quotidiens du Texas, le Houston Chronicle et le Dallas Morning News, viennent d’apporter  au candidat Démocrate, Beto O’Rourke, dans l’élection sénatoriale les plus médiatisée du pays.

Moins connus à l’étranger et moins réputés que le New York Times ou le Washington Post, ces deux quotidiens sont pourtant de véritables références au Texas. Leurs journalistes sont régulièrement nominés pour le prix Pulitzer. Le Houston Chronicle tire à 360.000 exemplaires pour le quotidien, l’édition dominicale tirant elle à plus d’un million d’exemplaires. Le Dallas Morning News est quant à lui édité chaque jour à plus de 200.000 exemplaires.

Dans le plus grand et le plus puissant des Etats républicains, tant le Chronicle que le Morning News appellent presque systématiquement à voter pour le candidat du GOP. Le Chronicle n’a jamais soutenu un candidat Démocrate entre Lyndon Johnson (qui était, rappelons-le, texan) en 1964 et Barack Obama en 2008 ! 44 ans ! Encore faut-il souligner que 4 ans plus tard, en 2012, il préféra soutenir Mitt Romney plutôt qu’Obama pour son deuxième mandat.

Il est en de même pour le quotidien de Dallas. Généralement favorable aux Républicains, le Morning News appela par défaut à voter pour Hillary Clinton plutôt que pour Trump, considéré comme “insuffisamment qualifié pour devenir président”. Mais pour le reste, le journal n’avait jamais soutenu de Démocrates depuis, là encore, Lyndon Johnson.

C’est dire si les voir cette semaine soutenir O’Rourke plutôt que le sortant Ted Cruz, pourtant leur candidat en 2012, nous dit quelque chose sur le climat politique américain actuel.

Le Houston Chronicle justifie son choix en ayant des mots très durs à l’encontre de Cruz, coupable aux yeux du journal d’avoir “montré très peu d’intérêt pour répondre aux besoin de ses compatriotes texans pendant les 6 ans de son mandat”, trop occupé à se préparer à la campagne présidentielle de 2016. Avec ironie, le Chronicle souligne qu’en réalité, il ne pense qu’à la présidence depuis sa nomination en tant que délégué de classe à l’âge de 15 ans !  Le journal lui reproche également de ne pas avoir voté en faveur de soutien fédéral aux victimes de l’ouragan Harvey qui a frappé la plus grande métropole de l’Etat en août 2017. En somme, le quotidien de Houston vote plus contre Cruz que pour O’Rourke.

L’édito du Dallas Morning News est lui beaucoup plus intéressant car le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui et l’explication du choix du journal sonnent juste pour tous ceux (dont l’auteur de ces lignes) qui ne se reconnaissent ni dans l’épouvantable présidence actuelle, ni dans la radicalité de certains opposants. Que l’on soit Républicain ou Démocrate, indépendamment de ses propres convictions, il est possible de faire preuve de bienveillance, de rechercher des compromis et des solutions de bon sens, de ne pas “éructer” sur ses adversaires, de conserver un ton positif et valorisant, de préférer l’union à la division. C’est un message dans ce sens qu’envoie le quotidien de Dallas. J’ai tenu à le traduire intégralement pour les lecteurs francophones. Bonne lecture !

NOUS APPELONS A VOTER POUR BETO O’ROURKE POUR LE SENAT

Lorsqu’au cours de son histoire, un peuple devient à ce point divisé qu’il ne parvient plus à tenir un discours politique sensé ou même, à simplement rester courtois, il est grandement temps de prendre des décisions importantes.

En observant la campagne pour le siège de Sénateur du Texas, nous avons le sentiment que ce pays est au bord du précipice. Savoir si nous allons plonger dans le vide dépend de notre capacité à répondre à cette question : pouvons-nous mettre nos différences politiques de côté, même pour un moment, et nous mettre d’accord pour nous respecter les uns les autres au bénéfice de notre grande nation, en reconnaissant l’humanité de chaque personne ?

Nous avons déjà traversé des moments politiques qui nous ont divisé, et nous savons que ces moments ne trouvent leur issue que lorsque des leaders émergent en faisant preuve d’humanité, même quand ils sont engagés dans des débats politiques féroces. On méconnaît trop souvent cette histoire, mais ce fut par exemple le cas en 1980, lorsque le Président Ronald Reagan et le Président de la chambre des Représentants, Tip O’Neill, travaillaient ensemble. Même lorsqu’ils se combattaient l’un l’autre sur des sujets difficiles, ils n’oubliaient jamais l’amitié qui les liait.

Pour cette raison plus que pour toute autre, nous apportons notre soutien à Beto O’Rourke dans l’élection sénatoriale. Le sujet central qui concerne ce pays est le type de leadership qu’il nous faut, et sur ce sujet, nous pensons que le style d’O’Rourke est celui dont l’Amérique a désormais besoin. Ce style, à la fois inclusif et porteur d’espoir, qui accompagne la volonté d’O’Rourke de commencer par chercher les principes communs et de travailler pour trouver des solutions, nous paraît plus important que les différences que nous avons avec lui en matière de politique. Le leadership est plus important que la politique, et savoir si nous serons capables de relever les principaux défis devant nous dépend dorénavant davantage de notre capacité à trouver des points d’accord.

Dans ce point de vue, O’Rourke est le meilleur des deux candidats. Dans la façon de conduire sa campagne, il a démontré une aptitude à respecter chaque personne et une humilité qui lui permettra de travailler avec ceux qui ont d’autres opinions que les siennes. Nous croyons qu’O’Rourke a raison d’appeler au retour dans l’Accord de Paris sur le climat, de souligner l’énorme potentiel du Texas en matière d’énergies renouvelables, et de demander un renforcement du contrôle sur la vente d’armes. Il a également raison de rejeter l’appel à construire le mur à la frontière mexicaine et de souhaiter une réforme équilibrée et juste en matière d’immigration.

En comparaison, à travers ses actes à Washington et sa rhétorique de l’Iowa au New Hampshire et au-delà, le candidat sortant Ted Cruz a montré qu’il était un personnage très clivant en politique. Lincoln, faisant référence à l’Evangile de Marc, nous a alertés sur le fait qu’une maison divisée contre elle-même ne pouvait survivre. Et nous croyons qu’à l’heure actuelle, nous ne pouvons pas nous permettre de continuer comme nous le faisons.

Ceci ne veut pas dire que nous sommes en désaccord avec certaines positions de Cruz, bien au contraire. Sur le plan économique, par exemple, nous avons soutenu les réductions d’impôts mises en oeuvre par le président et votées par Cruz. Et nous sommes à ses côtés quand il cherche à supprimer les réglementations fédérales qui freinent la création de jobs. Supprimer les freins à l’emploi et à la prospérité est en soi un acte de compassion.

Nous avons également été très émus par Cruz quand ils nous a parlé de sa rencontre avec les étudiants du lycée de Santa Fe après la tuerie qui s’y est déroulée [10 personnes ont trouvé la mort dans un lycée du Texas en mai dernier]. Dans ses remarques, il a fourni une liste d’idées pour éviter ce type de tragédies (…). Il soutient également des dissidents politiques qui se sont engagés dans la défense de la liberté, un soutien que nous partageons au moment même où ils nous faut trouver des principes pour refonder la politique étrangère américaine qui nous permettra de rallier autrui à notre cause.

Mais il y aussi des principes que nous souhaiterions réaffirmer en politique intérieure, à commencer par la construction de ponts entre les deux partis. Avant qu’il ne se lance dans sa campagne contre Cruz, O’Rourke était surtout connu (en dehors de sa circonscription d’El Paso) pour ses déplacements à travers le Texas et jusqu’à Washington en compagnie d’un autre membre du Congrès, le Républicain Will Hurd. Les deux avaient des opinions bien différentes, mais leur camaraderie et leur volonté de trouver des compromis ont constitué une antidote contre le poison politique qui traverse la capitale.

O’Rourke a largement fondé l’esprit de sa campagne sur ce principe, avec toutefois quelques exceptions notables. Comme lorsqu’il a indiqué qu’il voterait en faveur d’un impeachment du président, l’un de sujets qui seraient probablement les plus clivants politiquement. A la fin de sa campagne, il s’est aussi écarté de ses principes en répétant l’insulte que Trump utilisait autrefois à propos de Cruz [Lyin’ Ted ou  Ted le Menteur). Ce sont des ratés de campagne.

Il ne faut pas croire que O’Rourke soit un Démocrate conservateur (modéré). Ses prises de position en matière d’impôts, d’immigration, de justice, de réglementations fédérales et de santé sont beaucoup trop à gauche par rapport à ce que beaucoup d’électeurs de l’Etat souhaiteraient. Mais il en train de déjouer tous les pronostics dans un Etat où un Démocrate n’a pas gagné d’élections au niveau de l’Etat depuis des décennies. Les dollars qu’il a levés et le nombre de supporters qu’il a su réunir constituent une preuve de l’attirance de cet Etat et du pays pour une campagne fondée sur la volonté d’unir les différentes commnunautés.

Dans ces temps si troublés que nous vivons actuellement, nous pensons que le style et le leaderhips deviennent le principal critère pour apprécier les candidats. Pour cette raison, nous mettons une pièce sur Beto [jeu de mot “placing a bet on Beto”]“.

AKM, 28 octobre 2018

Cash is king

J-11.

C’est un fait maintes fois démontré. Même si l’argent n’explique pas à lui tout seul le résultat d’une élection aux Etats-Unis, il a généralement un impact décisif. Or, à la lumière de la comparaison des fonds levés par les candidats des deux grands partis pour les Midterms du 6 novembre prochain, les Démocrates sont en situation favorable.

Il est encore trop tôt pour mesurer les effets sur le scrutin qu’auront d’une part, l’émotion légitime qui a gagné de nombreux Américains à la suite de l’envoi de bombes artisanales à plusieurs personnalités politiques et médiatiques ciblées par Trump ; d’autre part, les images diffusées en boucles de la « caravane » de migrants honduriens qui ont annoncé vouloir franchir la frontière mexicaine pour protester contre les violences dans leur pays.

Il est en revanche certain que si les Démocrates reprennent l’une des deux chambres du Congrès (vraisemblablement, celle des Représentants), ils le devront en grande partie à la mobilisation et à la générosité de leurs donateurs. Signes d’un pays que l’on découvre chaque jour un peu plus divisé, les fonds collectés se situent à un niveau record. J’ai déjà évoqué dans un précédent post le caractère historique des 38 millions de dollars levés entre juillet et octobre par Beto O’Rourke, le candidat démocrate texan opposé à l’ultraconservateur Ted Cruz. Mais en réalité, le même constat peut être établi à travers tout le pays.

Exemple : sur les 31 sièges de la Chambre des Représentants considérés comme les plus serrés (dont 29 sont aujourd’hui occupés par des Républicains), les candidats Démocrates ont levé en moyenne 30% de plus de fonds que leurs adversaires. Sur ces 31 sièges a priori incertains, les 5 districts où l’écart est le plus important sont tous à l’avantage des candidats Démocrates : Katie Hill dans le 25th district de Californie (+1,9 m$), Dan McCready dans le 9th district de Caroline du Nord (+1,2 m$), Dan Feedan dans le 1st district du Minnesota (+1,2m$), Paul Davis dans le 2nd district du Kansas (+1,1 m$) et Harley Rouda dans le 48th district de Californie (+1,0 m$).

Au niveau national, si l’on compare les fonds levés par les candidats pour les deux chambres, le comptage confirme que jamais un tel écart entre les deux partis n’avait été constaté. Les Démocrates auraient collecté 65% des fonds contre 35% pour le GOP, contre 50/50 il y a deux ans. Même lors des élections législatives de 2008, tenues en même temps que la présidentielle gagnée par Obama, le parti de Roosevelt et de Clinton n’avait levé « que » 56% du total des fonds :

Funds raised.jpg

(Source : FiveThirtyEight)

Les Démocrates peuvent également se réjouir car ils font mieux que les Républicains, non seulement sur le total des fonds collectés, mais aussi sur le nombre de donateurs. En réussissant à faire venir de très nombreux petits dons, ils ont créé une dynamique populaire qu’ils espèrent voir se concrétiser le jour du vote au niveau local.

Les Républicains n’ont toutefois pas encore perdu les Midterms. Selon le Président, la tendance des derniers jours au regard des votes déjà exprimés (les early votes) témoignerait au contraire d’une mobilisation de l’électorat républicain. Même si dans un énième tweet rageur, Trump s’inquiète désormais des éventuelles répercussions des bombes envoyées à ses cibles favorites (toutes Démocrates), il compte bien sur le retour le jour J dans les bureaux de vote de ceux qui l’ont soutenu en 2016.

Par ailleurs, il ne faut pas s’arrêter aux seuls fonds déclarés par les candidats. Les fonds de soutien nationaux versés par de riches donateurs, des groupes de pressions ou des entreprises, les fameux PAC (Political Action Committees) ou Super PAC, peuvent aussi être mobilisés par les Républicains pour payer des campagnes publicitaires locales, des actions sur les réseaux sociaux et des meetings électoraux dans les situations les plus critiques. Le milliardaire Sheldon Adelson, le célèbre propriétaire de casinos, vient ainsi de faire un don supplémentaire à l’un des principaux PAC républicain de 20 millions de dollars, portant à 50 millions la somme totale versée en 2018. Une somme qui sera logiquement utilisée à bon escient…

Je rappellerai enfin qu’à moins d’une « vague bleue » (pas impossible mais moins probable que d’autres scénarios), les Républicains sont en situation de force pour conserver (au moins) le Sénat. Les Démocrates doivent en effet non seulement emporter l’intégralité des sièges sortants qu’ils occupent actuellement, soit 26 sièges (ce qui est loin d’être assuré dans au moins 5 Etats), mais aussi remporter 3 des 9 sièges sortants actuellement occupés par des Républicains, dont certains dans des Etats très conservateurs.

AKM, 26 octobre 2018

Houston, we have a problem

Meeting de Trump au Texas à deux semaines d’une élections majeure qui pourrait faire basculer le Sénat chez les Démocrates. Ted Cruz, le sortant, y affronte Beto O’Rourke. Contre toute attente dans un Etat très conservateur, Cruz n’est pas totalement assuré de l’emporter. O’ Rourke a fait une campagne remarquée et est parvenu à lever trois fois plus de fonds que lui (voir mon post L’homme qui valait 38 millions de dollars)

Alors Cruz, finalement un peu inquiet, lui qui se voyait réélu facilement, a commis l’impensable : il a fait appel à Trump pour venir le soutenir dans son meeting à Houston.

Trump, celui qui l’a battu pendant les primaires de 2016. Celui qui le traitait de “Lyin’ Ted”, Ted le menteur. Celui qui accusait son propre père, Rafael Cruz, d’avoir fréquenté l’assassin présumé de John F. Kennedy, Lee Harvey Oswald. Celui qui insultait sa femme, Heidi Nelson Cruz, en déclarant qu’elle a un physique beaucoup moins plaisant que celui de Mélania. Trump, que Cruz soupçonnait d’avoir cherché à sortir de sales affaires sur lui pendant la campagne. Trump, pour qui il n’a même pas appelé à voter pendant la Convention républicaine de l’été 2016. Son ennemi juré il y a deux ans… Deux ans… Une éternité en politique !

Automne 2018. Par peur de perdre son siège, Cruz a accueilli hier à bras ouverts le président des Etats-Unis. Les deux hommes clament désormais leur amitié. Trump ne qualifie plus le Sénateur de “Ted le Menteur”, mais de “Ted le magnifique”. En voyant une queue interminable pour assister au meeting, Trump a dû être rassuré sur sa popularité que l’on dit faible. Et Cruz a dû se féliciter du soutien officiel reçu du milliardaire.

A tel point qu’il s’est fait littéralement voler la vedette par un Trump en roues libres. Le président a ainsi pris le micro… et ne l’a lâché que 1h17 plus tard !

Son discours fut plus qu’attendu : son bilan économique remarquable, les dangers qui guettent les Etats-Unis et contre lesquels Trump ne cessera de lutter, la nullité d’O’Rourke et de tous les Démocrates, bien trop faibles et naïfs dans un monde effrayant, et bien sûr son objectif principal : rendre sa grandeur à l’Amérique, ce fameux slogan qu’il assène à chaque fin de speech, “Make America Great Again”.

Mais c’est surtout une phrase qui restera du discours de Houston. Une phrase décisive dans la campagne des Midterms. Parlant de ses adversaires qu’ils nomment les “mondialistes” (“globalists”), Trump lance alors :

“You know, they have a word. It sort of became old-fashioned. It’s called a nationalist. And I say really, we’re not supposed to use that word. You know what I am? I am a nationalist. Use that word.”

Traduction : “Vous savez, ils [les mondialistes] ont un mot. Qui peut paraître un peu démodé. C’est le mot nationaliste. Et je sais que nous ne sommes pas censés utiliser ce mot. Et bien vous savez ce que je suis, moi ? Je suis un nationaliste. Utilisez ce mot”.

Voilà, nous sommes en 2018, et le président de la première puissance du monde se qualifie lui-même et avec fierté de “nationaliste”. Cette déclaration marque peut-être un tournant.

Houston, we have a problem…

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AKM, le 23 octobre 2018

Trump à nouveau en campagne

Jeudi soir, Trump tenait un meeting au Montana, ce magnifique Etat au nord des Montagnes Rocheuses, plus grand que l’Allemagne, moins peuplé que l’agglomération lilloise. L’objectif pour lui de ce meeting : apporter son soutien au républicain, Matt Rosendale, qui tente de remporter le siège de Sénateur face à Jon Tester, l’actuel occupant et candidat à sa propre réelection.
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Le discours que le président a tenu est particulièrement intéressant car il ressemble beaucoup à ceux qu’ils tenaient pendant la campagne 2016. Sur la forme et sur le fond. Un mélange de propos bizarres et d’affirmations mensongères. Mais aussi quelques formules et arguments qu’il entend marteler à chacun de ses prochains meetings, jusqu’au jour des élections, le 6 novembre.
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Je reprends ici quelques extraits (dans le texte), que je traduis et commente. Parfois drôle, parfois incompréhensible, parfois effrayant, (presque) toujours à dessein.
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1. Les bizarreries et les provocations
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“I love these hangars. I love a hangar. There’s nothing like a hangar. You get out of the plane, you walk over, and we have massive crowds.”
(J’adore ces hangars. J’adore un hangar. Il n’y a rien de comparable à un hangar. Vous descendez de l’avion, vous marchez un peu et vous avez une foule immense).
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Le meeting se tenait dans un hangar…
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“I love those states. You know, the polls close. Polls have just closed in the state of Montana. Trump has won Montana”
(J’adore ces Etats. Vous savez, les bureaux de votes sont fermés. Les bureaux viennent juste de fermer dans l’Etat du Montana. Trump a remporté le Montana)
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On rappellera que l’élection présidentielle s’est terminée il y plus 700 jours.
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“We like the — we like the — it’s just a flowing. They do comma. They don’t do — they do a comma”.
(Nous aimons le… Nous aimons le… C’est juste un écoulement. Ils font une virgule. Ils ne font pas. Ils font une virgule)
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“I wouldn’t want to be the one that walks into your house and says, ‘Give me that gun.’ Right? Nobody has the courage to do that. But Matt is going to protect your Second Amendment.”
(Je n’aimerais pas être celui qui va venir chez vous et dire : “donnez-moi votre arme”. Pas vrai ? Personne n’aurait le courage de faire cela. Mais Matt – Rodensale, le candidat républicain soutenu par Trump – va protéger le Second Amendement)
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Ici, Trump est en plein mensonge. Aucun leader démocrate ne remet en cause le Second Amendement sur la liberté de porter une arme. Obama, comme Clinton, comme d’autres, ont appelé à renforcer le contrôle de l’idendité des acheteurs d’armes et à interdire les armes automatiques. Il n’a jamais été question de venir chez les propriétaires et de procéder à une collecte de leurs armes. L’affirmation vise évidemment à mobiliser les électeurs républicains.
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“If I ever called the Russians, the first one to know about it would be the state of Montana, and they wouldn’t be too happy. Can you imagine? Let’s call the Russians? It’s a disgrace.”
(Si j’avais vraiment appelé les Russe, le premier qui l’aurait su, cela aurait été l’Etat du Montana, et ils n’auraient pas été très contents. Vous pouvez l’imaginer ? Appelons les Russes ? Quelle insulte !”)
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Trump revient sur l’allégation de collusion avec les Russes. Sauf qu’il ne lui a jamais été reproché de les avoir “appelés”. L’enquête menée par le procureur Mueller porte sur le fait que les Russes, préférant Trump à Hillary Clinton, auraient cherché à influencer la campagne de 2016, notamment en diffusant de fausses informations, le tout avec l’assentiment de l’équipe du candidat républicain. Ces faits semblent aujourd’hui avérés.
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“And look at all the women for Trump signs. Here we go again. It’s the same thing. Everyone says, but will he get the women? (…) they keep saying, will he do well with women? Remember last time? They said the same thing. We did — we did very well with women. I think I probably won because of women, I hate to tell you, men.”
(Et regardez toutes ces femmes avec des affiches Trump. Nous revoilà dans la même situation. Tout le monde se demande : est-ce qu’il aura les femmes avec lui ? (…) ils le répètent encore, est-ce qu’il aura le vote des femmes ? Rappelez-vous la dernière fois. Ils disaient la même chose. Et nous avons fait un très bon score dans l’électorat féminin. Je pense que j’ai gagné grâce aux femmes. Je déteste vous le dire à vous, les hommes)
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41% des femmes ont voté pour Donald Trump. Et selon les sondages de popularité, seules 28% soutiennent actuellement son action. L’électorat de Trump est à dominante masculine.
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“It’s hard for a Republican to win in California, because it’s become, like, crazy. But all of a sudden are Republicans making big progress. It’s going to be very interesting to see what happens in that race.”
(C’est difficile pour un Républicain de gagner la Californie, parce que cet Etat est devenu un peu dingue. Mais désormais les Républicains progressent fortement. Cela va être intéressant de voir comment cette compétition va se dérouler)
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Trump fait ici référence à l’élection du gouverneur de Californie qui oppose le 6 novembre le Démocrate Gavin Newsom au Républicain John Cox. Selon le quotidien Los Angeles Times, Newsom aurait une avance de plus de 20 points…
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“A little bit like Justice Kavanaugh, you know, really a very fine, high-quality, handsome guy.”
(Il est un peu comme le Juge Kavanaugh, vous savez, vraiment quelqu’un de bien, de grande qualité, beau garçon)
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Kavanaugh a été “l’une des stars” de la soirée, si l’on en croit les multiples références de Trump. J’y reviens plus loin. Je cite ici le propos car, comme le fait remarquer le chroniqueur de CNN Chris Cillizza, quand il parle des gens (“great guy”, “handsome”, “good-looking”, “terrible guy”, etc.) Trump donne parfois l’impression qu’il est toujours en train de faire le casting pour son jeu de télé-réalité, The Apprentice.
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“He’s — he runs eight times. ‘Sir, I won five elections.’ I said, well, you got me there. I ran once, and I won one election, but it’s the presidency, right? That’s right.”
(Il a été candidat 8 fois et il me dit : Monsieur, j’ai gagné 5 fois. Je lui ai dit, OK, vous faites mieux que moi. Moi, je n’ai été candidat qu’une fois et je n’ai gagné qu’une fois, mais c’était à la présidentielle, n’est-ce pas ? Oui, c’est bien cela).
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De l’art de fanfaronner. Les adversaires exècrent. Les supporters adorent.
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“But Greg is smart. And by the way, never wrestle him. You understand that? Never. Any guy that can do a body slam, he’s my kind of … he was my guy.
“Remember, [Joe Biden] challenged me to a fight, and that was fine. And when I said he wouldn’t last long, he’d be down faster than Greg would take him down.
(Mais Greg est intelligent. Et d’ailleurs, ne vous battez jamais avec lui. Vous m’entendez ? Jamais. N’importe quel type capable de faire un mouvement de catch, et bien, c’est quelqu’un qui me va bien)
(Rappelez-vous, Joe Biden m’a lancé un défi, il veut se battre avec moi et cela me va. Et quand j’ai dit que cela ne durerait pas longtemps, il serait au sol encore plus vite que si c’était Greg qui l’avait mis au sol).  
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Trump dans le texte. Il fait référence ici à Greg Gianforte, un élu républicain sanguin du Montana qui a agressé un journaliste du Guardian, Ben Jacobs, en mai dernier. Le président aime valoriser la force physique, lui le fan de catch. Il fanfaronne à nouveau au passage, en rappelant que l’ancien vice-président Joe Biden l’a invité à venir se battre et que lui, Trump, le mettrait au sol encore plus vite que si cela avait été Greg Gianforte.
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Cour d’école…
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2. Les arguments de campagne
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Le discours du Montana a surtout permis à Trump de tester ses principaux arguments de campagne.
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2.1 L’économie se porte au mieux
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D’abord en revendiquant la bonne forme économique actuelle des Etats-Unis :
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“The unemployment rate just fell to the lowest level in over 50 years.”
“More Americans are now working than ever before.”
“Because I have created such an incredible economy, I have created so many jobs. I have made this country with you so great that everybody wants to come in.”
(Le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau de puis 50 ans)
(Il y aujourd’hui plus d’Américains qui travaillent que dans toute l’histoire)
(Parce que j’ai créé une économie incroyable. J’ai créé tellement de jobs. J’ai rendu ce pays avec vous tellement extraordinaire que tout le monde veut y venir).
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Oui, le taux de chômage aux Etats-Unis est effectivement à un plus bas historique. Et oui, la population active américaine n’a jamais été aussi nombreuse. Argument rabâché par Trump et pourtant très contestable.
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Si le taux de chômage baisse aux Etats-Unis, il ne le doit que très marginalement à l’actuel occupant de la Maison Blanche.
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Arrivé à Washington en janvier 2009, l’ancien président Obama doit faire face dans les premiers mois de son mandat à une explosion du chômage liée à la faillite de Lehman et à l’effondrement de l’activité économique qui s’en est suivie. En octobre 2009, le taux de chômage américain atteint 10%. Commence alors le long reflux. Mois après mois, le nombre d’emplois créés en net est positif. Lorsqu’il quitte la Maison Blanche en janvier 2017, Obama laisse à son successeur une économie toujours en croissance (un des plus longs cycles d’expansion de l’histoire) et un taux de chômage ramené à 4,7%. Trump niait alors la réalité de ce chiffre, affirmant que le “vrai” taux était plutôt de l’ordre de 40% !
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Le fait est que Trump a largement profité de la dynamique enclenchée par son prédécesseur, surtout que les premières mesures économiques prises par le nouveau président ne seront entérinées que fin 2017, notamment le Tax Cuts and Jobs Act (Novembre 2017). A cette date, le taux de chômage n’était déjà plus que de 4,1%.
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Alors, certes, il est encore descendu depuis mais entendre Trump s’attribuer la paternité de la créations d’emplois a quelque chose d’indécent.
Chômage
Le discours du Montana montre au passage que Trump est toujours aussi “autocentré”, ce qui ravit ses supporters. “J’ai créé”, “j’ai fait”, “je”, “je”, “je”…
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L’actuel président n’évoque en revanche jamais la pauvreté, les inégalités, les Américains qui ont renoncé à chercher un emploi, l’accès à la santé, l’endettement étudiant, etc. Autant de sujets majeurs qui caractérisent aussi l’économie américaine.
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2.2 La nomination du Juge Kavanaugh montre qu’il faut soutenir le président 
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“And come Election Day, Americans will remember Kavanaugh and they will remember all sorts of other things, because that was a shameful act.
“This will be an election of Kavanaugh, the caravan, law and order, and common sense.”
“Justice Kavanaugh number one in his class at Yale”
(Et le jour de l’élection, les Américains se souviendront de Kavanaugh et ils se rappelleront de toutes sortes de choses, parce que ce fut une situation honteuse)
(Cette élection tournera autour de Kavanaugh, de la caravane, de loi et de l’ordre, et du bon sens)
(Le Juge Kavanaugh, premier de sa classe à Yale).
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Trump a bien compris que la nomination du Juge Kavanaugh à la Cour Suprême était une opportunité unique pour remobiliser son électorat à quelques jours du vote. Beaucoup d’électeurs républicains se disent profondément choqués par la violence dont le Juge a fait l’objet dans les médias au moment de sa nomination. Pour rappel, une campagne anti-Kavanaugh s’est lancée partout dans le pays après les révélations d’une ancienne camarade, le docteur Blasey Ford. Celle-ci a affirmé sous serment avoir été agressée sexuellement par le Juge alors qu’ils n’étaient encore que lycéens. Kavanaugh nie fermement avoir été l’auteur de cette agression.
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Cette histoire a totalement polarisé l’Amérique, surtout au moment de l’audition des deux protagonistes par le Congrès. Parole contre parole. Kavanaugh a bien fini par être nommé à la Cour Suprême avec le soutien de Trump mais les traces de l’affaire resteront. Près de 80% des électeurs Républicains pensent que Kavanaugh dit la vérité. Près de 80% des électeurs Démocrates pensent que Ford dit la vérité.
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Trump utilise cette nomination comme une preuve de sa résolution mais aussi pour encourager ses électeurs à aller voter.
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Pour l’anecdote, il n’y a pas de classement à Yale…
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2.3 L’immigration nous menace
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“But a lot of money has been passing to people to come up and try and get to the border by Election Day, because they think that’s a negative for us. Number one, they’re being stopped. And number two, regardless, that’s our issue.”
“(…) but they wanted that caravan and there are those that say that caravan didn’t just happen (…) A lot of reasons that caravan, 4,000 people.”
“You have some hardened, bad people coming in.”
“Democrats have become the party of crime. It’s true.”
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(Beaucoup d’argent a été donné à ces gens pour qu’ils viennent chez nous et passent la frontière avant le jour de l’élection parce qu’ils pensent que ce sera négatif pour nous. Premièrement, ils sont en train d’être arrétés. Et deuxièmement, quoi qu’il en soit, c’est notre problème)
(Mais ils ont voulu cette caravane, et il y a ceux qui disent que cette caravane n’est pas une réalité. Il y a beaucoup d’explications à cette caravane, 4.000 personnes)
(Vous avez des gens violents, mauvais qui vont venir)
(Les Démocrates sont devenus le parti du crime. C’est vrai).
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Trump saisit là encore l’actualité pour revenir sur l’un de ses thèmes de prédilection. L’immigration.  Les images de télévision ont montré un groupe de plusieurs milliers de migrands d’Amérique Centrale, annonçant vouloir traverser la frontière entre le Guatemala et le Mexique, pour chercher à remonter au nord et rentrer aux Etats-Unis.
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Le président insinue dans son discours que ce groupe, qualifiée de “caravane”, serait soutenu et financé par ses opposants pour venir aux Etats-Unis et influencer le vote. Tactique facile pour mobiliser son électorat, surtout que l’on voit mal comment des migrants pourraient accéder à un bureau de vote et influencer le scrutin…
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Le langage rappelle celui de son début de campagne présidentielle et notamment les propos tenus sur les Mexicains : “Ils amènent de la drogue. Ils amènent le crime. Ce sont des violeurs” (2015).
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2.4 “Le système” est vicié
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“Do you ever see when the fake news interviews them? (…) they’ll go to a person holding a sign who gets paid by Soros or somebody, right? That’s what happens.”
“Hey, look, there’s a lot of rigged things going on in this country, you know about that. There are a lot of rigged things going on.”
“That’s all the time we need to make America great again. Make America great again. Is that — is that maybe the greatest slogan in the history of runs?”
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(Vous voyez comment les fakes news les interviewent? (…) ils vont chercher ceux qui sont financés par Soros, n’est-ce pas ? C’est cela qui se passe)
(Non, mais regardez, il y a vraiment des choses pourries dans ce pays, vous en savez quelque chose. Ils y a vraiment des choses pourries qui se produisent)
(C’est tout le temps dont nous avons besoin pour rendre la grandeur à l’Amérique. Rendre sa grandeur à l’Amérique. Ne serait-ce pas le plus grand, le meilleur des slogans de l’histoire des campagnes électorales?)
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Toujours cette dénonciation des fake news, des complots (ici financés par Soros), du système politique pourri, du besoin de restaurer la grandeur d’une Amérique affaiblie et moquée. Reprendre les bonnes vieilles formules.
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2.5 Hillary Clinton n’est toujours pas en prison
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“It is incredible the deep state where they don’t even look at her
“But I like acid-washing, because that really says it. She acid-washes 33,000, so that nobody can ever find — but they’re around some place. I think that maybe — maybe they’re at the State Department (…). They could very well be at the Department of Justice (…) But we’re just being quiet. We’re being quiet.”
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(C’est incroyable à quel point ils ne la poursuivent pas)
(J’aime le nettoyage à l’acide, parce que c’est bien cela. Elle a nettoyé à l’acide 33.000 [mails], comme cela, personne ne peut les retrouver. Mais ils sont bien quelque part. Je pense que peut-être, ils sont au Département d’Etat (…) Ils pourraient aussi très bien se trouver au Ministère de la Justice (…) mais nous restons là, à ne rien faire. Nous restons à ne rien faire)
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Trump réutilise la haine de son électorat contre Hillary Clinton et revient encore une fois sur les mails qu’elle a supprimés de son serveur privé. Cette histoire de mails qui a probablement coûté l’élection à la candidate Démocrate en novembre 2016. Le président en profite au passage pour tancer à nouveau son Ministre de la Justice, Jeff Sessions, qu’il attaque régulièrement sur Twitter ou dans les médias. Un Ministre qu’il trouve trop mou, notamment sur l’histoire des mails de Clinton.
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On admirera au passage le non-respect de la séparation des pouvoirs…
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2.6. Le slogan choc
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Trump a trouvé son slogan qu’il devrait répéter en boucles : Democrats produce mobs. Republicans produce jobs.”
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Autrement dit, les Démocrates produisent des mouvements de foule (avec une connotation très négative, mob voulant aussi dire “pègre”). Les Républicains produisent des jobs.
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Au secours, Périclès, Platon, Aristote, revenez…
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AKM, le 21 octobre 2018

“Pocahontas” fait un test ADN

Elizabeth Warren, née Herring, est l’une des personnalités politiques américaines les plus connues au niveau national. Cette ancienne professeure de droit, notamment à Harvard, est apparue sur la scène médiatique à la fin des années 2000, lorsqu’elle est nommée présidente du conseil en charge de la surveillance de la mise en oeuvre du plan Paulson après le krach de Lehman (2008-2009).

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(Boston Globe)

Cette juriste reconnue, âgée aujourd’hui de 69 ans, apparaît alors très critique à l’égard de la finance internationale et entre à la Maison Blanche, tout en conseillant le Secrétaire au Trésor de l’époque.  Surnommée la “shériff de Wall Street”, elle construit sa réputation de femme de gauche, intransigeante et entière, défenseure des consommateurs et de la classe moyenne. Charismatique, enflammée, elle sait trouver les phrases choc qui attirent tant les médias. Elle se rend notamment célèbre en 2010 dans un discours où elle fustige ceux qui se sont enrichis en oubliant ce qu’ils devaient aux Etats-Unis et au service public.

Elle s’engage en politique en 2012 en se présentant aux élections sénatoriales dans son Etat, le Massachusetts. Elle l’emporte facilement et devient alors l’une des figures les plus en vue au sein du parti Démocrate. Celle que l’on qualifie de “pasionaria” se montre particulièrement virulente contre Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 et ne cesse depuis de l’attaquer. Très vite, après l’échec d’Hillary Clinton, certains voient en elle le recours chez les Démocrates pour 2020. De fait, elle est bien considérée comme l’une des candidates naturelles pour affronter Trump dans deux ans, malgré son âge et surtout, malgré son positionnement très à gauche, proche de celui de Bernie Sanders.

Le président des Etats-Unis a senti depuis longtemps que Warren était une adversaire coriace, voire dangereuse. Il a donc adopté avec elle la même tactique que celle utilisée contre ses compétiteurs comme Rubio ou Cruz pendant la primaire chez les Républicains : la moquerie. En l’occurrence, sur un sujet particulier. Warren ayant revendiqué des origines Cherokee, Trump n’a cessé de l’affubler avec mépris du nom de “Pocahontas”, y compris devant des vétérans d’origine amérindienne.

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Plus récemment, lors d’un meeting, Trump a provoqué Warren en niant à nouveau ses origines et en déclarant qu’il serait prêt à verser un million de dollars à une association caritative si elle pouvait prouver qu’elle a bien du sang amérindien.

Prenant le milliardaire au mot, Warren a donc procédé à un test ADN et vient de diffuser, en pleine campagne des midterms, une vidéo dans lequel un spécialiste confirme avoir fait le test sur la Sénatrice et conclut qu’elle a bien du sang “native”.

Sans dissimuler sa satisfaction, Warren s’est empressée d’écrire un post sur Twitter, précisant à Trump l’association à laquelle il pourrait virer la somme promise…

Sauf que ce qui devait constituer un “triomphe” pour la Démocrate est en train de se retourner contre elle et son propre camp. D’abord en raison du timing. Cette personnalisation de la lutte contre Trump déplaît à beaucoup de candidats Démocrates au Sénat ou à la Chambre des Représentants qui regrettent que Warren fasse la Une des journaux sur un sujet mineur en pleine campagne.

D’autres soulignent que la démarche de la Sénatrice du Massachusetts s’inscrit dans une perspective présidentielle pour… 2020, c’est-à-dire pour une élection encore très lointaine.

Enfin, la vidéo elle-même n’est pas à l’avantage de Warren. D’abord parce qu’elle présente un côté très “publipromotionnelle”, voir complaisant. Ensuite parce qu’elle tend à enfermer Warren dans le rôle de la “bonne élève” qui souhaitait absolument montrer qu’elle avait raison, sans se rendre compte du piège tendu par Trump. Cyniquement, ce dernier s’est d’ailleurs empressé de railler la véracité du test ADN effectué, tout en niant avoir fait une quelconque promesse.

Pis, même les représentants de la tribu Cherokee ont manifesté leur mécontentement en soulignant que cette démarche tendait à “raciser” le sujet alors qu’eux-mêmes ne sont jamais définis par la race mais par leur citoyenneté au sein d’une “nation souveraine” et par leur “appartenance à une tribu”.

Pensant ridiculiser Trump, Warren s’est en fait elle-même décrédibilisée, a fragilisé les positions défendues par les Amérindiens et a même occulté pendant quelques jours les efforts des Démocrates pour reprendre le Congrès, le tout à moins de trois semaines des Midterms.

L’occupant de la Maison Blanche n’en demandait pas tant.

AKM, 19 octobre 2018