Les Démocrates pourraient reprendre la Chambre des Représentants

J’évoquais dans un post précédent (Les Républicains ont 80% de chance de conserver le Sénat) la quasi-impossibilité pour les Démocrates de reprendre le contrôle du Sénat. Il leur faudra non seulement remporter l’intégralité de 26 sièges démocrates sortants, mais ils devront en plus gagner au moins 2 des 3, peut-être 4, sièges possibles (Nevada, Arizona, voire Texas ou Tennessee) parmi les 9 sièges républicains sortants. Logiquement, aucun sondeur ni commentateur politique ne parie donc sur une victoire des Démocrates au Sénat.

L’opposition a en revanche de bonnes raisons d’espérer reprendre la majorité à la Chambre des Représentants. Car cette élection présente deux avantages pour eux, comparativement aux élections sénatoriales :

  • les 435 sièges de la chambre basse, soit la totalité, doivent être renouvelés (contrairement au Sénat qui n’est renouvelé que par tiers tous les deux ans) ;
  • le nombre de sièges est proportionnel à la population de chaque Etat, ce qui favorise plus naturellement le parti de Roosevelt (FD), Clinton et Obama. Grâce à la Californie (53 sièges), le New York (27 sièges), l’Illinois (18 sièges), le Michigan (14 sièges) ou le New Jersey (12 sièges), et à un degré moindre la Pennsylvanie (18 sièges), les Démocrates obtiendront un grand nombre de Représentants.

Selon les dernières projections, ils sont ainsi déjà quasi-assurés d’emporter 190 sièges et en position très favorable dans 18 districts supplémentaires. Soit un capital de 208 sièges, pour une majorité à 218 sièges. Du côté républicain, la situation paraît plus compromise : 131 sièges presque certains et 49 sièges probables. Soit un total de 180 sièges.

 

Chambre des représentants

(FiveThirtyEight)

 

Pour devenir majoritaires à la Chambre des Représentants, les Démocrates n’ont donc “que” 10 sièges à gagner sur les 47 sièges plus indécis (vs. 38 à gagner pour les Républicains).

Or, au regard des derniers sondages locaux, sur ces 47 sièges, 8 d’entre eux semblent assez facilement accessibles pour l’opposition : Californie (25th, 45th et 48th), Nevada (3rd), Iowa (3rd), New Jersey (3rd et 7th) et Maine (2nd).

Il leur resterait alors à remporter…. 2 sièges sur les 39 restants (47 indécis – 8 “leaning Democrats”) pour atteindre le seuil de 218. Ces 39 sièges sont certes répartis sur tout le territoire, mais plusieurs se trouvent dans des Etats qui votent traditionnellement Démocrates comme la Californie, le Washington, le Minnesota, l’Illinois, le Michigan, la Pennsylvanie ou le Nouveau-Mexique, sans même évoquer certains districts à tradition progressiste dans des Etats généralement plus équilibrés sur le plan politique, les fameux swing States (Colorado, Virginie, Caroline du Nord, Floride).

Logiquement, compte tenu de ces avantages, les Démocrates sont donnés gagnants à la Chambre des Représentants à 84% :

Chance House

(FiveThirtyEight)

Trump risque ainsi de perdre la chambre basse du Congrès dans quelques jours, le forçant à devoir composer. Nous n’en sommes toutefois pas encore là et les dernières élections nous ont rappelé l’importance de l’humilité en matière de prédictions…

AKM, le 18 octobre 2018

Les Républicains ont 80% de chance de conserver le Sénat

A moins d’une “vague bleue” de grande ampleur, scénario possible mais aujourd’hui assez peu probable, les Républicains devraient conserver le contrôle du Sénat.

Si l’on regarde l’actuel rapport des forces à la Chambre haute, les Démocrates devraient pourtant avoir des espoirs légitimes. En tenant compte des deux sénateurs indépendants qui leur sont rattachés, il ont en effet aujourd’hui 49 sièges contre 51 sièges aux Républicains. Sur le papier, il leur suffirait donc d’emporter seulement deux sièges…

Les spécificités du Sénat et l’arithmétique politique de ces midterms 2018 expliquent pourtant pourquoi le parti de Donald Trump est aujourd’hui en position favorable.

Il faut d’abord rappeler ici que chaque Etat envoie 2 sénateurs à Washington, quelle que soit sa population (situation contraire à la Chambre des Représentants). Or, cette particularité a un impact direct sur la composition politique de la chambre haute. Même si un mouvement puissant d’opposition à l’actuelle Administration s’amplifiait (ce qui reste à démontrer) dans les Etats les plus peuplés et traditionnellement “liberal” comme la Californie, le New York, le New Jersey, voire la Pennsylvanie, ces Etats n’enverraient pas plus de Sénateurs que le Wyoming, le Nebraska ou le Mississippi, petits Etats traditionnellement conservateurs.

En d’autres termes, la Californie, 60 fois plus peuplée que le Wyoming, envoie autant de sénateurs que l’Etat des Rocheuses : 2 ! Même si des millions de Californiens votaient pour un candidat démocrate, cela n’aurait ainsi pas plus de poids sur la répartition des sièges au Sénat que le vote des quelques dizaines de milliers de Wyomingites.

Mais le vrai facteur pénalisant pour les Démocrates vient de la couleur politique des sièges à renouveler en 2018. Sur les 35 sièges en jeu (le Sénat américain se renouvelle par tiers tous les deux ans), les Républicains en occupent actuellement 9, alors que leurs adversaires en occupent 26.

Map Sénat

(The Guardian)

Une façon de dire que pour gagner +2 sièges, les Démocrates doivent non seulement conserver tous les sièges qu’ils occupent actuellement, mais ils doivent au moins remporter en plus deux sièges dans les Red States. Or, parmi les 9 sièges sortants aujourd’hui occupés par des Républicains, certains sont quasiment sûrs de le rester : Wyoming (1 siège), Mississippi (2 sièges), Nebraska (1 siège), Utah (1 siège). Marsha Blackburn au Tennessee est également favorite face au Démocrate Phil Bredesen, malgré le soutien officiel que ce dernier a reçu de la chanteuse très populaire chez les jeunes, Taylor Swift.  Ted Cruz au Texas est aussi donné gagnant face à Beto O’Rourke, le “New Kid on the Block” du parti Démocrate que j’évoquais dans mon post d’hier, L’homme qui valait 38 millions de dollars.

Restent l’Arizona, l’Etat du sénateur John McCain, disparu en août dernier, farouche critique de Trump, et le Nevada. Dans ces deux Etats, les Démocrates ont une vraie chance, du fait, entre autres, des minorités hispaniques, mais les sondages prédisent des scrutins serrés.

Mais ces deux victoires pourraient ne pas suffire. Car il leur faudrait en parallèle conserver leurs 26 sièges sortants ! Or, certains sièges sont clairement “à risque” pour eux et l’on pourrait au contraire voir des candidats Républicains l’emporter. Je pense notamment au Montana (1 siège), au Dakota du Nord (1 siège), à la Floride (1 siège), à la Virginie-Occidentale (1 siège), au Missouri (1 siège), voire à l’un des deux sièges du Minnesota, qui pourraient basculer “Red”.

Sans un vrai mouvement de fond en faveur de l’opposition, il n’est donc pas exclu d’envisager un renforcement du parti de Trump au Sénat, malgré l’impopularité du président.

Chance Senat

(Fivethirtyeight.com)

Cette réalité locale explique pourquoi aujourd’hui, selon l’analyste et statisticien politique le plus précis, Nate Silver (et son site Fivethirtyeight.com), les Républicains ont 80% de conserver le contrôle de la Chambre haute.

AKM, 17 octobre 2018

L’homme qui valait 38 millions de dollars

Le Texas. Sa superficie (1,3 fois la France). Ses champs de pétrole. Son économie florissante, la deuxième des Etats-Unis après la Californie. Ses 28 millions d’habitants. Ses ranches. Ses plaines infinies et ses déserts arides typiques de paysages de westerns. Ses équipes sportives bien connues comme les Cowboys en NFL ou les San Antonio Spurs en NBA, l’ex-club de Tony Parker. Ses agglomérations géantes que sont Dallas et Houston, respectivement 4e et 5e du pays après New York, Los Angeles et Chicago. Son esprit indépendant. Sa conviction d’être un Etat à part, marqué par une histoire riche et multiculturelle. Ses 30% d’habitants qui parlent espagnol à la maison (9% dans les années 1980). Son conservatisme religieux. Sa pratique régulière de la peine de mort.  Son goût pour les politiciens “virils” et les armes. Un Etat qui n’a envoyé que des Républicains au Sénat depuis 1994 et qui n’a plus voté que pour des candidats du GOP aux élections présidentielles depuis 1980.

Et pourtant… et pourtant, dans le plus grand, le plus puissant et le plus influent des Red States, c’est bien un candidat démocrate qui a émergé dans la course pour le siège de sénateur. Au point que cette élection sera sans doute la plus suivie au niveau national. Son nom : Robert O’Rourke, dit Beto O’Rourke.

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(Ted Cruz, Beto O’Rourke, New York Post)

Certes, la médiatisation de cette élection est en partie liée à la personnalité du sortant, candidat à sa propre succession, le célèbre Ted Cruz. Principal opposant à Trump pendant la primaire de 2016 (qui le moquait alors en l’appelant “Lyin’ Ted” pour “Ted le menteur”), Cruz est une sorte de caricature du politicien républicain texan : ultraconservateur, partisan d’un Etat minimal, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement (sauf exceptions…), agressif et intransigeant dans ses propos, au point que même ses collègues sénateurs de son propre parti le jugent détestable. Un élu républicain le décrit comme “Lucifer en chair et en os” ! Mais le Texas est à part…

Disposant d’une bonne base électorale, la réélection de Cruz aurait dû être un non-sujet. Tous les sondages confirment d’ailleurs qu’il est toujours en tête dans les intentions de vote. Mais, contre toute attente, le scrutin pourrait être beaucoup plus serré que prévu initialement. Car O’Rourke fait une campagne à la fois remarquée et différenciante. Une campagne qui préfigure l’avenir du parti Démocrate.

Celui qu’on surnomme déjà “l’Obama blanc” est âgé de 46 ans. Elu une première fois en 2012 à la Chambre des Représentants, réélu facilement en 2014 et 2016, il s’est jeté dans une compétition a priori impossible. Au bout de trois mois de campagne, O’Rourke a pourtant bien réussi à menacer Cruz, tout en devenant une personnalité nationalement connue.

Issu d’une famille irlando-américaine, ce catholique diplômé de Columbia, passé par le monde des start-ups new yorkaises, est revenu s’installé dans sa ville natale d’El Paso à la frontière mexicaine, où il s’est lancé en politique. D’abord au niveau local, puis au niveau de l’Etat. Ancien guitariste de rock, pratiquant toujours le skateboard (il entre parfois en meeting sur sa planche), il fut arrêté dans sa jeunesse pour conduite en état d’ivresse, sans toutefois avoir été condamné. Affichant une cool attitude permanente, charismatique, utilisant abondamment les réseaux sociaux pour diffuser ses idées mais aussi se mettre en scène, il séduit de nombreux Texans, et même au-delà.

Il vient surtout de battre en record pour une campagne locale, en levant en trois mois… 38 millions de dollars, avec plus de 800.000 donateurs (en refusant les dons d’entreprises ou des groupes de soutiens politiques) ! Jamais une telle collecte n’avait été réalisée dans un temps aussi court. Ce record, il le doit notamment à sa campagne de terrain puisqu’il a visité les 254 comtés de cet immense Etat !

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(Beto O’Rourke, Dallas Morning News)

Porteur d’un projet qualifié de “liberal” (progressiste) par ses adversaires, mais généralement plutôt considéré comme un modéré, O’Rourke a axé sa campagne sur la recherche d’un consensus et de mesures transpartisanes. Sur le plan économique, il se dit opposé aux monopoles qui freinent l’innovation et favorable à la concurrence ainsi qu’à la protection des consommateurs. Affirmant vouloir aider les personnes sans-emploi à se former pour retrouver un job, il défend le libre-échange et combat le protectionnisme de Trump qu’il juge contraire aux intérêts économiques des agriculteurs et industriels texans.

Sur le plan sociétal, son positionnement est plus classique pour un Démocrate : il souhaite combattre le réchauffement climatique, renforcer le soutien fédéral aux plus modestes  pour leur faciliter l’accès à l’éducation, défendre le droit à l’avortement et le mariage pour tous qu’il considère comme un droit fondamental. Il se dit également favorable à l’interdiction des armes automatiques et au renforcement du contrôle des acheteurs. Opposé à la politique d’immigration de l’administration Trump et très critique à l’encontre du langage tenu par le président, il soutient un système de santé universelle, la consolidation de l’Obamacare ainsi que l’expansion du système Medicaid. Il est également un ardent défenseur de la dépénalisation du cannabis et a participé à l’écriture d’un livre consacré aux trafics de drogue entre le Mexique et les Etats-Unis.

Mais ce qui a révélé Beto O’Rourke à l’ensemble de l’Amérique, c’est le ton de sa campagne. Un ton qui va à l’encontre de celui utilisé par la plupart des autres politiciens. Plutôt que de se montrer ultra-agressif et clivant, il préfère en effet mettre en avant le caractère pragmatique de son programme. Il se montre respectueux des électeurs qui ne pensent pas comme lui et tient des propos généralement plutôt bienveillants, phénomène assez inhabituel en politique américaine. A une femme qui l’accusa en plein meeting d’être “favorable à l’avortement”, il lui répondit calmement qu’il était surtout favorable “à ce que les femmes puissent avoir le choix”.

Plus spectaculaire et plus représentative encore fut sa réponse qui a fait le tour du monde et qui est devenue virale en quelques heures (plusieurs millions de vues). O’Rourke répond avec beaucoup d’émotion et de façon très structurée en plein meeting à une question posée par un participant. Croit-il, comme le soutiennent beaucoup de Républicains et Trump lui-même, que les joueurs de NFL qui s’agenouillent pendant l’hymne national pour protester contre les violences policières à l’encontre des jeunes Noirs soient “anti-Américains” ? Son discours est indéniablement très fort, comme le montre la vidéo ci-dessous :

 

Convocation de l’histoire, respect de la position d’autrui, charisme évident, O’Rourke est capable de faire lever une foule. Pour autant, je l’ai rappelé, il demeure distancé par Cruz dans son Etat et ses chances de victoire demeurent assez minces. A moins qu’il ne retourne la situation dans le prochain débat télévisé de ce soir.

Quoi qu’il arrive, sauf s’il essuie une défaite cuisante, O’Rourke aura marqué la campagne des Midterms de 2018. Je parierai bien sur son avenir au niveau national. Peut-être en 2020 à la Convention Démocrate. Un peu à la façon d’un Obama surgi lors de la Convention de 2004 avec un discours qui constitua la première marche vers la Maison Blanche.

A suivre…

AKM, 16 octobre 2018

Trump va-t-il perdre les midterms ?

Deux chiffres. Deux petits chiffres qui donnent de l’espoir aux Démocrates. 42%. 13.

42% comme le taux de soutien (approval rate) de Trump au 15 octobre 2018.

Popularity Trump

Pourquoi ce taux est-il intéressant ? Parce qu’il montre que, selon les sondages d’opinion, Trump fait partie des présidents les plus impopulaires de l’histoire récente. Ses adversaires aimeraient logiquement en profiter. Mais aussi parce qu’il y a une corrélation démontrée entre la popularité d’un président et les résultats aux élections de mi-mandat.

En octobre 2010, deux ans seulement après son élection triomphale, Obama avait ainsi un taux de soutien à peine supérieur à celui de Trump aujourd’hui, à environ 45%. Quelques jours plus tard, une vague rouge (couleur des Républicains) traversait le Congrès. Avec un gain de +63 sièges à la Chambre des Représentants, le GOP prit le contrôle de la chambre basse (239 sièges sur 435 sièges, pour une majorité à 218). Au Sénat, les Républicains réalisèrent également une belle percée (+ 6 sièges), même s’ils demeurèrent minoritaires (47 sièges sur un total de 100 sièges).

Cette année, les Démocrates espèrent bien surfer sur l’impopularité du milliardaire et regagner au moins l’une des deux chambres, voire les deux dans “leurs rêves les plus fous”.

Le deuxième chiffre qui rend les Démocrates optimistes, c’est le chiffre 13 (!). 13, comme le nombre de midterms sur un total de 15 depuis 1958 où le parti occupant la Maison Blanche a vu son nombre de sièges reculer. Seuls Bill Clinton en 1998, profitant de la lassitude autour de “l’affaire Monica Lewinsky”, et George W Bush en 2002, quelques mois après les attentats du 11 septembre, avaient réussi à contredire la règle qui veut que le peuple américain corrige la tendance dessinée deux ans auparavant au moment des présidentielles.

Trump est toutefois bien décidé à faire mentir ces prédictions, malgré les sondages d’opinion défavorables. D’abord parce qu’il s’implique personnellement dans la campagne, en multipliant les déplacements sur le terrain et les meetings en soutien à des candidats républicains potentiellement en difficulté. Or, malgré tout ce que l’on peut penser de lui, il est difficile de nier qu’il sait conduire une campagne, comme il l’a montré en 2016. Fort d’un taux de chômage apparent à un niveau historiquement faible, d’une croissance économique toujours soutenue, confiant dans la capacité des électeurs à reconnaître qu’il a tenu une partie de ses promesses, Trump compte sur la mobilisation de son électorat le 6 novembre prochain.

Il espère également que la nomination du Juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, le candidat qu’il a soutenu malgré l’ouragan médiatique provoqué par l’accusation à son encontre d’agression sexuelle par une ancienne camarade de lycée, viendra galvaniser ses troupes et confirmer sa capacité à “tenir bon” dans l’adversité.

Trump peut en outre souhaiter une abstention forte de l’électorat jeune (20% de taux de participation chez les moins de 24 ans aux dernières élections midterms), traditionnellement plus tourné vers les Démocrates.

Enfin, il ne manquera pas d’évoquer auprès des ouvriers des bassins industriels qui lui ont apporté la victoire il y a deux ans les mesures protectionnistes qu’il a prises, notamment à l’encontre de la Chine, pour tenter de protéger certains secteurs.

En synthèse, même si les Démocrates ont des raisons légitimes de vouloir faire de ces midterms une première phase de reconquête, Trump n’a pas dit son dernier mot. Il dispose d’arguments solides qui peuvent convaincre les électeurs de voter pour des candidats républicains et lui permettre de conserver une majorité favorable au Congrès.

AKM, 16 octobre 2018

 

 

 

 

“L’élection d’une vie”

Me voici de retour avec un nouveau blog, thecapitolhill.blog, dans la suite de celui consacré à l’élection présidentielle de 2016, 1600Pennsylvania

Ce dernier sera à nouveau consacré à la vie politique américaine, et dans un premier temps, aux élections midterms qui se tiendront aux Etats-Unis le 6 novembre prochain.

Dans trois semaines, les Américains seront amenés à renouveler un tiers du Sénat (35 sièges sur 100), l’intégralité de la Chambre des Représentants (435 sièges) et 36 gouverneurs. Le premier test de grande ampleur pour Donald Trump, ce président dont l’action et le style sont pour le moins “hors normes”…

Même si ce scrutin est logiquement une somme de votes locaux, les résultats seront, comme à chaque élection de mi-mandat, analysés en détail et interprétés au niveau national. Les Américains vont-ils à nouveau donner leur confiance au milliardaire ? Ou au contraire, vont-ils envoyer un signal fort et limiter les moyens d’action de celui qui occupe la Maison Blanche depuis janvier 2017 ?

Certains commentateurs n’hésitent pas à dramatiser la situation en parlant d’une “election of a lifetime” (l’élection d’une vie). Il faut dire que les Etats-Unis apparaissent aujourd’hui comme une nation totalement divisée. Tous les observateurs étrangers qui y séjournent font le même constat : les passions sont aiguës et jamais depuis des décennies, les positions politiques n’ont semblé aussi polarisées.

Trump provoque l’enthousiasme de ses soutiens qui voient en lui un homme décidé et rusé, aux méthodes et aux propos brutaux et directs, dont on tolère les excès car l’on reconnaît un leader au style musclé. Un businessman qui déteste le politiquement correct et l’establishment. Un politique tellement “différent” qu’il serait le seul susceptible de restaurer la grandeur d’une Amérique fragilisée sur la scène mondiale.

Il est revanche haï comme rarement par ses adversaires qui le considèrent comme un psychopathe, un personnage instable, menteur, vantard, vulgaire, raciste, misogyne, provocateur. Un président au service des puissants, à l’origine de réformes économiques incompréhensibles et inégalitaires, inconséquent sur le plan international et capable de faire basculer la planète dans le néant.

Ces élections seront déterminantes, quelle qu’en soit l’issue. Si les Républicains conservent le contrôle des deux chambres, Trump y verra une confirmation du soutien de ses concitoyens à son action et à sa manière de gouverner. Les mains libres jusqu’aux présidentielles de 2020. Si les Démocrates emportent l’une des deux chambres, plus vraisemblablement la Chambre de Représentants, les pouvoirs se rééquilibreront partiellement mais l’actuel locataire de la Maison Blanche demeurera en position de force et pourra même tenter de préparer la campagne de sa réélection en fustigeant l’obstruction prévisible des Démocrates. Si toutefois ces derniers reprennent la majorité dans les deux ailes du Capitol, le message envoyé par les électeurs sera clair et Trump entrera dans une véritable cohabitation pour deux ans. Ce dernier scénario supposerait toutefois une véritable vague bleue, vague qui paraît aujourd’hui peu probable.

Je reviendrai dans les prochaines heures sur les chances des deux camps de conserver / d’emporter l’une ou les deux Chambres à Washington.

AKM, le 15 octobre 2018